Bruckner, l’intégrale des symphonies

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Published On: 11 novembre 2024|
Temps de lecture : 14 minutes

CLASSICA vous propose de découvrir les symphonies d’Anton Bruckner dans toutes leurs versions. Suivez le guide !

Symphonies de Bruckner ©SDP

Crédit photo : SDP

À la mort de Bruckner en 1896, toutes ses symphonies numérotées à l’exception de la Neuvième ont été éditées, avec un certain nombre de retouches de ses élèves et disciples (les frères Schalk, Ferdinand Löwe, Cyril Hynais) acceptées souvent à contre-cœur par un compositeur prêt à de nombreux sacrifices pour être joué et imprimé, lui-même enclin à établir plusieurs versions de ses symphonies. Bruckner ayant légué ses manuscrits à la Bibliothèque impériale de Vienne, il devient relativement simple de confronter les originaux avec les partitions publiées, qui présentent des altérations majeures au niveau des nuances, de l’orchestration, et un certain nombre de coupures.

Éditions Robert Haas

Devant ce sentiment de dissimulation de la vérité historique est ébauchée l’idée, en 1927, d’une Société internationale Bruckner dont le but serait d’éditer sous une même bannière toutes les œuvres du compositeur autrichien en retournant à l’Urtext. L’Internationale Bruckner-Gesellschaft voit ainsi le jour à Vienne en 1929. L’association s’adjoint les services du musicologue né à Prague Robert Haas (1886-1960), qui en une décennie, de 1934 à 1944, édite l’ensemble des symphonies telles que Bruckner les a pensées, expurgées de toute intervention d’une main tierce.

Assisté d’Alfred Orel qui ouvre le bal avec la Symphonie n° 9, il couvre l’ensemble des symphonies numérotées, à l’exception de la Troisième, dont le matériel prêt pour impression sera anéanti dans les bombardements de 1944 à Leipzig, où l’association a été délocalisée après l’Anschluss. C’est Fritz Oeser qui reprendra les travaux de Haas pour publier la Symphonie n° 3 en 1950, alors que le maître d’œuvre de l’Alte Bruckner Gesamtausgabe est écarté de son poste pour son adhésion bien connue aux thèses nationales-socialistes.

Éditions Leopold Nowak

Pour Haas, l’essentiel était d’écarter toute intervention étrangère et de produire la meilleure version possible de chaque symphonie, quitte parfois à mélanger les versions (Symphonie n° 8). Son successeur, Leopold Nowak (1904-1991), Viennois pur jus, prend la tête des nouvelles éditions (Neue Gesamtausgabe) et réédite les symphonies à partir de 1951 en changeant de méthode : il fait globalement le choix d’éditer séparément les différentes versions de chaque œuvre, marchant rarement dans les pas de son prédécesseur en hybridant les sources (Symphonie n° 2).

Après la mort de Nowak

La Gesamtausgabe connaît après la mort de Nowak une moins grande centralisation, avec les travaux épars de William Carragan, Benjamin-Gunnar Cohrs, Paul Hawkshaw, Benjamin Korstvedt, jusqu’à ce qu’en 2016, une toute nouvelle Anton Bruckner Gesamtausgabe voie le jour. D’où la multiplication récente de nouvelles éditions, différant souvent très à la marge des travaux de Haas et Nowak, et un sentiment de confusion chez le discophile fréquemment confronté à la mention « premier enregistrement mondial ».

Nous n’indiquerons ici que les éditions disponibles pour le grand public. Précisons enfin que même si elles auraient tendance à être reconsidérées depuis quelques années, nous ne rentrerons pas dans le détail des éditions princeps, les seules dont disposaient les chefs jusqu’aux premiers travaux de Haas dans les années 1930.

 

Symphonie n° 00 « Studiensinfonie » en fa mineur et Symphonie n° 0 « Nullte » en ré mineur

Composition : février-mai 1863 et janvier-septembre 1869

La Symphonie en fa mineur qui clôt le cycle d’études du compositeur avec Otto Kitzler, chef de l’opéra de Linz qui lui fit découvrir Wagner, renvoie à l’univers de Mendelssohn et Schumann. L’œuvre n’existe qu’en une seule version, comme la Symphonie en ré mineur que Bruckner présenta à Otto Dessoff dans le but de se faire jouer par la Philharmonie de Vienne en 1869. Vexé par la question un peu perfide du chef : « où est le premier thème ? », Bruckner laissa son manuscrit dans ses tiroirs et ne l’en ressortit qu’en 1895, pour ajouter sur sa page de garde la mention « annuliert ».

S’agit-il de la note que s’auto-attribuait le compositeur alors âgé de 71 ans, ou bien un numéro chronologique, conforme à l’idée longtemps répandue que l’œuvre s’appuyait sur une première ébauche de 1864 ? Même s’il est désormais établi que la Nullte-Symphonie est postérieure à la Symphonie n° 1, nous la laissons aux côtés de la Studiensinfonie par commodité de lecture.

Symphonie n° 00 « Studiensinfonie »
en fa mineur

Création Klosterneuburg, 18 mars 1924, dir. Franz Moißl

Édition princeps Cyrill Hynais pour Universal, 1913 (Andante seul)

Édition critique Leopold Nowak, 1973

Enregistrement recommandé Skrowaczewski (Oehms)

Symphonie n° 0 « Nullte »
en ré mineur

Création Klosterneuburg, 12 octobre 1924, dir. Franz Moißl

Édition princeps Josef Wöß pour Universal, 1924

Édition critique Leopold Nowak, 1968

Enregistrement recommandé  Skrowaczewski (Oehms)

Symphonie n° 1 en ut mineur

Composition : janvier 1865-avril 1866

Il existe deux versions de la Symphonie n° 1 : la version de Linz, créée dans la capitale de la Haute-Autriche en 1868, et la version de Vienne, refonte du tournant des années 1890 pour le concert marquant l’accession de Bruckner au statut de Doctor Honoris Causa de l’Université. Mais depuis une vingtaine d’années, on dispose de deux versions distinctes de la version de Linz : celle reflétant la partition telle qu’elle a été donnée en création, et la même agrémentée de quelques retouches, à notre sens bénéfiques, apportées par Bruckner une fois installé à Vienne, et publiée par Haas et Nowak.

Il s’agit alors de petites améliorations significatives comme l’entrée en matière de la symphonie sur le rythme de marche, au départ très abrupte, avec seulement trois temps pour camper le décor des violoncelles et contrebasses, remplacée par presque deux mesures à vide pour asseoir son caractère. Ou la fin du premier mouvement, initialement plus courte de deux mesures, ce qui amoindrissait la grandeur de sa péroraison.

D’une certaine manière, la révision complète de 1890-1891 poursuit sur la même lancée que les modifications de 1877 et 1884, mais finit par dénaturer le caractère dru et ombrageux de l’œuvre originale, en poussant trop loin les hardiesses harmoniques et les retouches d’orchestration. Reste que contrairement aux révisions en profondeur des symphonies n° 3, 4 et 8, celle de la Première concerne essentiellement une myriade de petits détails dans l’instrumentation et l’harmonie, sans toucher à la structure globale.

Version de Linz, 1868

Création Redoutensaal, Linz, 9 mai 1868, sous la direction du compositeur

Éditions critiques William Carragan, 1998 ; Thomas Röder, 2016

Enregistrement recommandé Tintner (Naxos)

Version de Linz révisée à Vienne (1877, 1884)

Éditions critiques Robert Haas, 1935 ; Leopold Nowak, 1953

Enregistrements recommandés Abbado (Decca, 1996), Skrowaczewski (Oehms)

Version de Vienne, 1890-1891

Création Musikverein, Vienne, 13 décembre 1891, dir. Hans Richter

Édition princeps Cyrill Hynais pour Doblinger, 1893

Éditions critiques Robert Haas, 1935 ; Günther Brosche, 1979

Enregistrement recommandé Abbado (Accentus, 2012)

Symphonie n° 2 en ut mineur

Composition : octobre 1871-septembre 1872

Pour cette œuvre qui eut pour sobriquet Symphonie de la Haute-Autriche, deux versions distinctes ont connu une édition critique récente de William Carragan, plus rigoureuse que celles de Haas et Nowak : la version conforme au souhait initial de Bruckner, et une révision plus tardive de cinq années. La première n’est pourtant pas la symphonie telle qu’elle fut créée par le Philharmonique de Vienne en 1873, Carragan ayant également travaillé sur cette dernière sans l’éditer. Idem pour la deuxième version de 1877 qui ne reflète pas exactement la seconde création de 1876, mais la partition encore remaniée après le concert.

Haas et Nowak ont tous deux proposé en leur temps un hybride des versions 1872 et 1877, ou plus exactement le texte de la version révisée avec réintégration possible des coupures effectuées entre-temps, proposées entre crochets à la discrétion du chef, ainsi qu’un retour à l’orchestration originale comme dans la coda de l’Adagio. L’un des plus beaux traits d’orchestration du compositeur, un solo de cor dans l’aigu sur les tenues des cordes, avait été remplacé par une clarinette dans le grave doublée par les altos devant les difficultés du corniste viennois.

Les différences entre les deux versions tiennent avant tout à quelques coupures et réorchestrations, l’interversion de l’ordre scherzo-mouvement lent et le changement d’indications de tempo, comme l’Adagio qui devient Andante.

Version initiale, 1872

Création avec variantes Musikverein, Vienne, 26 octobre 1873, sous la direction du compositeur

Édition critique William Carragan, 2005

Enregistrement recommandé Blomstedt (Accentus)

Version révisée, 1877

Création Musikverein, Vienne, 20 février 1876, sous la direction du compositeur

Édition princeps Cyrill Hinais pour Doblinger, 1892

Édition critique William Carragan, 2007

Enregistrement recommandé Russell-Davies (Sony)

Version hybride (base de 1877 avec retour à certains détails de 1872)

Éditions critiques Robert Haas, 1938 ; Leopold Nowak, 1965

Enregistrement recommandé Skrowaczewski (Oehms)

Symphonie n° 3 en ré mineur

Composition : octobre 1872-décembre 1873
Dédicace : Richard Wagner

En comparaison des deux précédentes, les versions de la Symphonie n° 3 font entendre une œuvre à chaque fois radicalement différente. Entre le manuscrit que Bruckner emmena à Bayreuth en 1873 (où manquait l’orchestration du Finale) et l’ultime révision de 1889, la partition a fondu de plus de 400 mesures. De 2056 dans la version primitive, la Troisième est passée à 1837 mesures quatre ans plus tard, puis 1644 dans sa version finale.

Le premier jet demeure la plus longue des symphonies de Bruckner. Son ancrage wagnérien, sa large respiration dans les deux premiers mouvements sont de beaux atouts, et un brucknérien aguerri comme Herbert Blomstedt a toujours défendu mordicus cette Urfassung. Selon nous, son Finale en collage maladroit qui semble radoter sur son deuxième thème, reste pourtant problématique. Joseph Keilberth réussit à faire entendre, d’après les restes du matériel de Haas sortis du bombardement de Leipzig, cette première mouture en 1946.

Le compositeur de Tristan, qui en accepta la dédicace, demanda le retrait des citations wagnériennes. Bruckner s’exécutera, sauf pour le motif du sommeil de Brünnhilde, mais en profitera plus largement pour élaborer une deuxième version, en opérant de nombreuses coupures et en resserrant sa trame rythmique – progressions harmoniques accélérées par deux. La création de ce texte resserré, mieux proportionné, sera pourtant en décembre 1877 le plus grand fiasco de la carrière de Bruckner, qui ajoutera dans les semaines suivantes une coda au Scherzo. Cette dernière sera incluse dans l’édition Nowak, alors que Fritz Oeser l’avait écartée dans la première édition critique.

La dernière révision de 1889 comporte une orchestration plus efficace (avec la trompette en fa plutôt que celle en ré) et un meilleur impact sonore, surtout dans le premier mouvement, mais souffre de coupures qui déséquilibrent la forme, dans le Finale essentiellement, où l’interpolation entre la réexposition et la coda reste incompréhensible. Il paraît aujourd’hui admis que la plupart des modifications de cette ultime mouture sont le fruit de la pression de Franz Schalk. Très aimée à Vienne, cette version finale estropiée a longtemps conservé les faveurs de chefs de première importance – Böhm, Jochum, Karajan, Sanderling, Wand.

Version primitive, 1873

Création Kurhaus Bühlau, Dresde, 1er décembre 1946, dir. Joseph Keilberth

Édition critique Leopold Nowak, 1977

Enregistrements recommandés Blomstedt (Accentus), Tintner (Naxos)

Version révisée, 1877

Création Musikverein, Vienne, 16 décembre 1877, sous la direction du compositeur

Édition princeps Theodore Rättig pour Bussjager & Rättig, 1879

Éditions critiques Fritz Oeser, 1950 ; Leopold Nowak, 1981

Enregistrement recommandé Harnoncourt (Teldec)

Version finale, 1889

Création Musikverein, Vienne, 21 décembre 1890, dir. Hans Richter

Édition princeps Theodore Rättig pour Bussjager & Rättig, 1890

Édition critique Leopold Nowak, 1959

Enregistrement recommandé Böhm (Decca)

Symphonie n° 4 en mib majeur, « Romantique »

Composition : 1874
Dédicace : Prince Constantin von Hohenlohe

La Romantique est probablement la symphonie qui a subi le plus de retouches, de variantes et de réécritures, malgré la popularité jamais démentie, au disque comme au concert, de la version intermédiaire, avec les trois premiers mouvements de 1878 et le Finale de 1880. Le texte initial de 1874 comporte un Scherzo entièrement différent, un premier mouvement et un Finale beaucoup plus expérimentaux et laborieux (et plus longs de 57 et 75 mesures), mais un Andante encore plus mystérieux dans les éclairages changeants de sa balade sylvestre.

Concernant la version centrale, pour être tout à fait précis, il eût fallu, plutôt que de « version 1878-1880 » édition Haas ou Nowak, parler de « version 1881 édition Haas » (car conforme à la création viennoise) et « version 1886 édition Nowak », ce dernier ayant intégré quelques modifications retenues pour une exécution américaine d’Anton Seidl. Reste le cas du premier Finale de 1878. Haas en 1936 puis Nowak en 1981 ont publié à part ce mouvement surnommé Volksfest pour son évocation initiale d’une fête populaire, que Bruckner transformera en une introduction sombre et angoissée en 1880.

Bien qu’influencée par Ferdinand Löwe et Franz Schalk, la dernière révision de 1888 (au Finale à peine plus court), préalable à l’édition princeps, a été intégrée par Benjamin Korstvedt à la Bruckner Gesamtausgabe en 2004. Elle semble connaître un regain d’intérêt, alors qu’elle n’a pas le même équilibre instrumental que la version médiane. L’adjonction d’un coup de cymbale au milieu du Finale n’est pas tant en cause que certains détails d’orchestration écornant la pureté de la rédaction précédente. Notamment, à la réexposition du premier mouvement, le contre-chant de flûte immaculé au-dessus du motif principal au cor, flanqué désormais de bien inutiles premiers violons.

Version primitive, 1874

Création Linz, 20 septembre 1975, dir. Kurt Wöss

Édition critique Leopold Nowak, 1975

Enregistrements recommandés Hrůša (Accentus), Russell-Davies (Sony)

Version 1878 avec Finale de 1880

Création Musikverein, Vienne, 20 février 1881, dir. Hans Richter

Éditions critiques Robert Haas, 1936 ; Leopold Nowak, 1953

Enregistrement recommandé Böhm (Decca)

Version finale, 1888

Création Musiverein, Vienne, 22 janvier 1888, dir. Hans Richter

Édition princeps Albert Gutmann, 1889

Édition critique Benjamin Korstvedt, 2004

Enregistrement recommandé Hrůša (Accentus)

Symphonies n° 5 en sib majeur, 6 en la majeur et 7 en mi majeur

Composition : février 1875-janvier 1878, septembre 1879-septembre 1881 et septembre 1881-août 1883

La décennie 1875-1885 est chez Bruckner celle de la stabilité. En effet, les trois symphonies nées alors sous sa plume n’existent qu’en une seule version. Pour la Symphonie n° 5, la création intervenue à Graz en l’absence du compositeur, souffrant, explique à la fois que Bruckner n’ait jamais révisé sa partition et que cette dernière ait été donnée dans un arrangement tenant de la défiguration, trahison pure et simple de l’original seulement rétabli en 1935.

La Symphonie n° 6 n’a pas non plus été créée en intégralité du vivant du compositeur. Seuls l’Adagio et le Scherzo furent entendus au Musikverein le 11 février 1883 avec la Philharmonie de Vienne et son directeur musical d’alors Wilhelm Jahn. La véritable création post-mortem, par Mahler en 1899, présentait la partition réorchestrée et raccourcie. Il fallut attendre le 14 mars 1901 à Stuttgart pour que la Sixième soit donnée in extenso par Karl Pohlig (1858-1928), élève de Liszt et assistant de Mahler à l’Opéra de Vienne.

Si les différences entre les éditions Haas et Nowak ne tiennent généralement qu’à des points de détail, on remarque leur approche divergente du climax de l’Adagio de la Symphonie n° 7. Bruckner s’est laissé convaincre par le créateur de l’œuvre à Leipzig Arthur Nikisch que le sommet de son mouvement lent gagnerait en impact par l’ajout d’un coup de cymbale assorti d’un roulement de triangle. Comme pris de remords après coup, le compositeur aurait ajouté sur la collette de percussion de son manuscrit la mention « gilt nicht » (non valable). L’étude graphologique n’a pas réussi à déterminer si les mots sont de la main de Bruckner. Dans les années 1940, Robert Haas écarta dans le doute les cymbales et le triangle, quand Leopold Nowak, une décennie plus tard, choisit de les conserver.

Symphonie n° 5
Dédicace : Karl Ritter von Stremayr, ministre de l’Éducation

Création Graz, 9 avril 1894, dir. Franz Schalk

Édition princeps Franz Schalk pour Doblinger, 1896

Éditions critiques Robert Haas, 1935 ; Leopold Nowak, 1951

Enregistrement recommandé Harnoncourt (RCA)

Symphonie n° 6 en la majeur
Dédicace : Anton Ölzelt Ritter von Newin, mécène

Création Musikverein, Vienne, 26 février 1899, dir. Gustav Mahler

Édition princeps Cyrill Hynais pour Doblinger, 1891

Éditions critiques Robert Haas, 1935 ; Leopold Nowak, 1952

Enregistrement recommandé Haitink (BR Klassik)

Symphonie n° 7 en mi majeur
Dédicace : Louis II de Bavière

Création Leipzig, 30 décembre 1884, dir. Arthur Nikisch

Édition princeps Albert Gutmann, 1885

Éditions critiques Robert Haas, 1944 ; Leopold Nowak, 1954

Enregistrements recommandés Blomstedt (MDG Denon) (Haas) ; Harnoncourt (RCA) (Nowak)

Symphonie n° 8 en ut mineur

Composition : juillet 1884-août 1887
Dédicace : François-Joseph Ier

En août 1887, Bruckner met le point final à sa Symphonie n° 8, encore dans l’euphorie de la création triomphale de la Septième à Leipzig puis Munich. Il envoie donc sa nouvelle partition au chef de l’Opéra de Bavière, Hermann Levi. Alors qu’il avait loué la précédente, le créateur de Parsifal ne comprend pas la Huitième et refuse de la créer. Le compositeur, terriblement meurtri, remet immédiatement sa partition en chantier pour en proposer une version convenable. Il passe trois années à modifier, écourter et remanier son œuvre.

Outre une coupure dans le mouvement lent et cinq dans le Finale, il retire tout l’épilogue fortissimo de trente mesures de son premier mouvement qui termine désormais aux frontières du silence. Il revoit l’harmonie, l’orchestration, les progressions et les nuances de fond en comble. Entre autres réaménagements substantiels, la transposition du climax de l’Adagio d’ut à mib majeur avec retrait de deux de ses trois coups de cymbales, et l’ajout des harpes, jusque-là cantonnées à l’Adagio, dans le Trio du Scherzo. L’œuvre fond de 164 mesures en tout. L’instrumentation à bois par trois du seul Finale est désormais généralisée à la symphonie entière.

C’est dans cette symphonie que les éditions Haas et Nowak diffèrent le plus. Haas propose une version hybride, basée pour l’essentiel sur la version 1890, mais avec rejet des cinq coupures opérées par Bruckner (une dans le mouvement lent, quatre dans le Finale), et retour à l’orchestration initiale de 1887 dans certaines pages de l’Adagio. Nowak, dans une démarche plus scientifique, préférera éditer séparément chaque version.

Version primitive, 1887

Création Bournemouth, 2 septembre 1973, dir. Hans-Hubert Schönzeler

Édition critique Leopold Nowak, 1972

Enregistrement recommandé Russell-Davies (Sony)

Version révisée, 1890

Création Musikverein, Vienne, 18 décembre 1892, dir. Hans Richter.

Édition princeps Josef Schalk pour Haslinger-Schlesinger, 1892

Éditions critiques Robert Haas, 1939 ; Leopold Nowak, 1955

Enregistrements recommandés Karajan 1988 (DG) (Haas) ; Skrowaczewski (Oehms) (Nowak)

Symphonie n° 9 en ré mineur

Composition août 1887-novembre 1894
Dédicace : « au bon Dieu »

Inachevée, la Symphonie n° 9 n’a connu qu’une seule version. Bruckner mit sept ans pour composer les trois premiers mouvements. Le 30 novembre 1894, il met le point final à son Adagio, mais attend le 24 mai 1895 pour se lancer à l’assaut du Finale, relativement avancé mais parcellaire à sa mort le 11 octobre 1896 – sur plus de 600 mesures envisagées, 208 ont été complètement orchestrées, 224 partiellement, 122 seulement ébauchées.

Malheureusement, l’inventaire des biens de Bruckner ne fut établi que cinq jours après son décès, pendant lesquels des visiteurs se sont copieusement servis, emportant des pages du Finale comme souvenirs. Très vite, Josef Schalk demanda à regrouper les feuillets encore épars autour du lit du défunt, et les conserva pieusement. À sa mort en 1900, ils échurent à son frère Franz, qui jusqu’à ce qu’il décède à son tour en 1931, laissa se répandre l’idée que l’œuvre n’avait pas réellement de Finale.

Les trois mouvements achevés furent créés un peu plus de six ans après la mort de Bruckner, dans une version wagnérisée par Löwe. Ils ne retrouvèrent leurs oripeaux originaux que trente ans plus tard, le 2 avril 1932 à Munich, sous la direction de Siegmund von Hausegger, peu avant la publication par Alfred Orel de l’édition critique supervisée par Robert Haas, véritable acte de naissance des retours à l’Urtext brucknérien.

Parmi les tentatives d’achèvement du Finale qui se sont multipliées depuis la fin du XXe siècle, les travaux les plus convaincants nous semblent ceux de Gerd Schaller, William Carragan et Samale-Mazzuca-Cohrs-Phillips. Le même John Alan Phillips a publié en 1994, à la mémoire de Nowak dans la Gesamtausgabe, quelque 526 mesures de fragments exécutables en tronçons, présentés au public en 1999 et enregistrés en 2002 par Nikolaus Harnoncourt.

Création Musikverein, Vienne, 11 février 1903, dir. Ferdinand Löwe

Édition princeps Ferdinand Löwe pour Doblinger, 1903

Éditions critiques Alfred Orel, 1934 ; Leopold Nowak, 1951, Benjamin-Gunnar Cohrs, 2000

Enregistrements recommandés Giulini (DG), Harnoncourt (RCA) pour les trois premiers mouvements ; pour l’achèvement du Finale, Schaller dans la version Carragan (Profil), Schaller dans sa propre version (Profil), Rattle (EMI) dans la version Phillips.

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