Amsterdam à se damner !

Published On: 13 février 2026|
Temps de lecture : 2 minutes

Mémorable Huitième Symphonie de Bruckner à la Philharmonie de Paris par Klaus Mäkelä et un Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam vertigineux.

C’est d’abord le son qui accroche l’oreille et focalise l’écoute. Dès les premières notes. Trémolos pianissimo impalpables des violons, de la pointe de l’archet, bourdonnement céleste soutenu par les quatre cors, auquel s’additionnent le maugréement des cordes graves puis la plainte de la clarinette (Carlos Ferreira) suivie du hautbois (Ivan Podyomov). En douze mesures, l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam accomplit déjà un miracle et rappelle qu’il reste l’un des meilleurs au monde.

La plénitude et le soyeux des cordes, la vocalité chaleureuse des cuivres, le velouté des bois : l’orchestre a les couleurs de Rembrandt, jamais acides, jamais criardes, et semble incapable de la moindre vulgarité. Imagine-t-on un orchestre plus raffiné et plus riche de sa culture du son ? Durant cette Symphonie n°8 de Bruckner, il déploiera des traits et une palette de couleurs et de nuances (les trois flûtes traversières en bois) qui impressionnent autant par la maîtrise et la musicalité souveraines des individus (du cor solo de Katy Wooley aux timbales de Bart Jansen) que par la discipline collective.

Cet ensemble de musiciens du niveau des plus grands solistes se fond en un organisme d’une rare ductilité : voilà la vérité orchestrale dans son état le plus achevé, le plus accompli. On reste bouche bée, les oreilles grandes ouvertes.

Révélation plutôt que célébration

Avec un tel instrument, aussi fiable, aussi naturellement artiste, Klaus Mäkelä peut tout se permettre et présenter une lecture personnelle de cette symphonie. Ses 30 ans l’incitent sans doute à clarifier les lignes et les plans (vibrato très serré des cordes), à alléger la texture, à laisser tout pathos, toute grandiloquence, toute « religiosité » en coulisses. Tant pis pour ceux qui venaient, à genoux et cilice sous la chemise, à la messe, tant mieux pour ceux qui attendaient une révélation symphonique.

Mais le jeune Finlandais se garde bien de bousculer le métronome. Il prend en effet le temps de laisser la musique respirer et s’organiser (quelle maîtrise dans les transitions, dans la conduite des développements !) sans pourtant jamais perdre le contrôle durant cette heure et demie (il opte pour l’édition Haas, un peu plus longue que la Nowak). Une heure et demie durant laquelle l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam aura été majestueusement et musicalement royal.

Philharmonie de Paris, le 9 février.

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