Billy Budd à Lyon : Samia l’Indomptable

Par |  

Published On: 24 mars 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Richard Brunel présente une mise en scène audacieuse et esthétiquement séduisante de l’opéra de Britten servie par une distribution impeccable et une direction inspirée.

Rassurez-vous, même s’il s’autorise quelques menues libertés par rapport au livret, Richard Brunel n’a pas introduit de redoutable Orientale dans Billy Budd. Non, pas de femme fatale dans cet opéra à la distribution exclusivement masculine, dont les deux actes se déroulent à bord du vaisseau de guerre britannique L’Indomptable (The Indomitable, en anglais).

Pour le prologue et l’épilogue, néanmoins, situés des années après les événements, cette production choisit de montrer le capitaine Vere non pas confronté à ses propres souvenirs, mais appelé à défendre ses actes devant un tribunal militaire, au milieu d’un espace irréel évoquant l’océan, entre ciel blanc et mer sombre, les fumigènes noyant le plateau.

Et pour le navire proprement dit, dont l’opéra explore les différents espaces, des ponts supérieurs jusqu’à la cale, Stephan Zimmerli a eu, en accord avec le metteur en scène, la brillante idée de souligner les liens entre théâtre et marine : L’Indomptable apparaît au deuxième acte comme un assemblage de ces échafaudages mobiles qu’on utilise sur les planches, les « tours Samia ». Et au premier acte, c’est à un véritable ballet de ces tours qu’assiste le spectateur, éblouissante chorégraphie mise en valeur par des projecteurs qui percent la fumée, avec de superbes effets de contre-jour.

Les partis pris de Richard Brunel

Les différents éléments constitutifs du bateau se réunissent et se séparent, manipulés par une armée de techniciens impossible à distinguer des membres du chœur, puisque tous arborent la même tenue. L’action est transposée vers notre époque, Vere se détachant nettement puisqu’il est le seul à porter un uniforme blanc, la place des divers personnages dans la hiérarchie restant elle aussi tout à fait lisible.

Si la scène de l’attaque du vaisseau français est superbement réalisée, si les déplacements de la foule présente sur les planches sont admirablement réglés, on s’étonne un peu plus de la façon dont sont montrés certains moments-clés. L’agressivité de Billy déclenchée par l’accusation de Claggart est atténuée par le rideau, le coup visant une ombre chinoise, et surtout la mort de Billy lui-même, qui devient un moment de grande confusion et quasiment de vengeance sordide au lieu d’être une exécution solennelle.

La production choisit sagement de ne pas rendre plus explicites les motifs de la haine de Claggart, et se conclut sur une image en forme de Pietà, Vere tenant le cadavre de Billy.

Une distribution sans faille et une direction énergique

Pour être bien servi, Billy Budd n’a pas besoin de timbres particulièrement séduisants (celui de Peter Pears le fut-il jamais ?) mais de voix souples et expressives. En l’occurrence, l’Opéra de Lyon a misé sur un trio déjà présent dans Candide de Bernstein en décembre 2022.

En capitaine, Paul Appleby n’est évidemment pas le « vieil homme » du prologue, mais il traduit bien la personnalité rêveuse de « Starry Vere » et sans jamais se départir de l’autorité qui sied à ses fonctions. Derek Welton, ex-Pangloss, n’a pas besoin d’appuyer les traits du « méchant » car il possède l’absolue noirceur vocale que l’on attend de cette incarnation du mal qu’est Claggart, ici vêtu d’une veste de cuir dont semble ensuite hériter son successeur et vengeur. Après tant de Billy Budd aux allures de mannequin de mode et à la voix légère, Sean Michael Plumb, Maximilian dans Candide, prête au héros de Melville un physique moins hollywoodien mais lui donne une réelle assise dans le grave tout en en reflétant parfaitement l’innocence.

Autour d’eux, on remarque l’élégant Flint de Rafał Pawnuk, le novice craintif de William Morgan, ou le Dansker plein de sagesse de Scott Wilde. Réduit à ses seuls pupitres masculins mais complété par les jeunes chanteurs de la Maîtrise, le Chœur de l’Opéra de Lyon relève le défi haut la main, dessinant avec finesse un équipage solide, tantôt soumis, tantôt rebelle, parfaitement guidé par Benedict Kearns. Ce dernier aura, le 4 avril, le privilège de diriger également l’Orchestre de l’Opéra pour une représentation, reprenant la baguette à Finnegan Downie Dear qui mène à bon port ses forces avec toute l’énergie et tout le brio dont pouvait rêver Britten.

Opéra de Lyon, samedi 21 mars 2026.

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires