Barrie Kosky décape Offenbach

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Published On: 30 août 2024|
Temps de lecture : 5 minutes

Barrie Kosky évoque le compositeur des Contes d’Hoffmann qu’il va mettre en scène à l’Opéra de Paris.

Barry Kosky ©OnP / OV Studio

Barrie Kosky ©OnP / OV Studio

Comment avez-vous découvert Offenbach ?

Grâce aux Contes d’Hoffmann, que j’ai entendus en Australie avec Joan Sutherland dans les principaux rôles féminins. J’étais alors adolescent et c’est beaucoup plus tard que je me suis sérieusement intéressé à son œuvre et mesuré son importance dans l’univers de l’opérette.

Après avoir monté La Belle Hélène, Les Contes d’Hoffmann, Orphée aux Enfers et La Grande-duchesse de Gerolstein à Berlin et à Vienne, comptez-vous modifier votre approche pour le public parisien ?

Absolument pas, et ce, en dépit de critiques parfois très sévères de la part de certains journalistes français pour qui je trahis l’esprit du compositeur. On me reproche notamment de présenter un Offenbach trop allemand, voire trop berlinois. J’ai à vrai dire une façon très particulière de mettre en scène Offenbach, aux antipodes des côtés charmants, jolis ou trop sages auxquels on a souvent réduit le compositeur depuis une soixantaine d’années. L’opérette d’Offenbach est selon moi indissociable du vaudeville, du burlesque et d’une certaine forme de vulgarité. Je considère qu’il faut vraiment repenser notre façon de concevoir et d’interpréter l’opérette afin d’en arriver à une révolution comparable à celle de la musique baroque réalisée par les Leppard, Harnoncourt, Jacobs. À cet égard, il ne faut pas craindre de faire subir un véritable décapage à Offenbach. Il faut d’abord se rappeler qu’il ne composait pas pour des chanteurs d’opéra et que son interprète fétiche, Hortense Schneider, avait une tessiture très réduite et une voix qui s’apparentait sans doute à celle des artistes de variété ou de cabaret. Je recommande aux chanteurs d’écouter les enregistrements des années 1930 et 1940, qui me semblent plus « authentiques », afin de ne pas faire trop opéra, de ne pas « surchanter ». Offenbach, ce n’est pas d’abord du beau chant mais du théâtre musical, comme le montre si bien Marcel Beekman qui, après son inoubliable Aristée/Pluton dans Orphée aux Enfers à Salzbourg, vient chanter Falsacappa à Paris. C’est lui que je voulais dans le rôle : c’est un véritable génie, qui sait merveilleusement être à la fois amusant et émouvant.

Êtes-vous heureux de monter l’ouvrage à Garnier plutôt qu’à Bastille, où vous avez mis en scène Le Prince Igor en 2019 ?

Et comment ! Selon moi, Offenbach doit être joué au palais Garnier, théâtre absolument fabuleux de dimension plus humaine et où je me sens bien. C’était d’ailleurs une erreur de donner en 1993 Les Brigands mis en scène par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff à Bastille, salle où je ne veux plus travailler, car je trouve qu’elle dégage une énergie négative.

Dans votre production d’Orphée aux Enfers, donnée à Salzbourg en 2019, les dialogues étaient confiés à un seul acteur, Max Hopp, qui jouait également le rôle de John Styx. Reprenez-vous cette idée pour Les Brigands ?

Non, je n’ai pas retenu cette idée. Les dialogues de Meilhac et Halévy, qui sont très réussis, seront cependant en partie adaptés et abrégés d’à peu près le quart. Notre version s’en tient dans l’ensemble à celle de la création aux Variétés en 1869 et ne retient donc pas les ballets et le défilé qu’Offenbach avait ajoutés pour la version à grand déploiement qu’il avait conçue pour La Gaîté en 1878.

À quoi le public parisien peut-il s’attendre ?

À un spectacle haut en couleur, où vont dominer la bouffonnerie, la danse, le rythme, la vitesse et la virtuosité. J’invite les spectateurs à voir Offenbach d’une façon différente, non pas comme dans les mises en scène de Laurent Pelly, excellentes au demeurant, mais selon mon style personnel.

Vos mises en scène accentuent la dimension érotique des ouvrages d’Offenbach. Dans Les Brigands, la sexualité n’est-elle pas nettement moins présente que dans La Belle Hélène, Orphée aux Enfers et La Grande-duchesse de Gérolstein ?

Attendez de voir mon spectacle avant d’affirmer une telle chose ! Car si la pièce ne gravite pas autour d’une femme fatale, l’érotisme sera bien présent sur la scène de Garnier. Croyez-moi, mes contrebandiers n’auront rien à voir avec ceux que l’on pouvait retrouver dans de vieilles productions de Carmen

Quel est le principal défi que posent Les Brigands ?

Bien que joué relativement peu souvent, l’ouvrage est un véritable chef-d’œuvre. Dans cette partition splendide, qui comprend des ensembles très développés comptant parmi les meilleurs morceaux qu’Offenbach ait jamais écrits, je dois toujours conserver ce que j’appelle la vitesse de la locomotive, métaphore pour décrire la pièce qui avance sans jamais s’arrêter. C’est par ailleurs une pièce très cynique, puisque tous les personnages sont corrompus, aussi bien Falsacappa et sa bande que les gens de Mantoue ou de Grenade. Ce cynisme s’exprime toutefois dans une comédie digne de Feydeau reposant, entre autres, sur de très nombreux changements de costumes.

Peut-on établir des liens entre votre travail et celui de Max Reinhardt et de Walter Felsenstein, deux immenses metteurs en scène qui ont marqué de leur empreinte le répertoire offenbachien ?

Comme aucune trace filmée ne subsiste des spectacles de Reinhardt, on ne peut pas parler ici d’inspiration directe, mais son ouverture d’esprit me rejoint complètement. Bien que collaborateur de Richard Strauss et de Hofmannsthal et fondateur du Festival de Salzbourg, il refusa toute forme de snobisme et se passionna non seulement pour l’opéra, mais pour le cabaret, le vaudeville, le cirque et le théâtre populaire. Quant à Felsenstein, fondateur du Komische Oper où j’ai été directeur pendant plus de dix ans, ses productions filmées en studio témoignent d’une précision extrême, mais ne peuvent refléter la réalité concrète d’un spectacle donné devant public. Il a toutefois opéré une véritable révolution en changeant notre façon de voir l’opéra et l’opérette. Tout comme Reinhardt, il a été un des premiers metteurs en scène « sérieux » à dire à quel point il aimait l’opérette.

Comptez-vous mettre en scène d’autres œuvres d’Offenbach ?

J’aimerais beaucoup monter Barbe-Bleue et peut-être Fantasio, mais pas avant cinq ans. Je veux observer la même pause du côté de l’opérette viennoise : après avoir monté Strauss, Lehár, Paul Abraham et Oscar Straus, je souhaite maintenant explorer d’autres avenues comme la zarzuela, l’opérette hongroise et même l’opérette turque des années 1930.

Pour plus d’informations

Du 21 septembre 2024 au 12 juillet 2025

Offenbach : Les Brigands
Opéra de Paris, palais Garnier

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