Quatre fois trois

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Published On: 24 avril 2026|
Temps de lecture : 2 minutes

La cheffe Bar Avni et l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine réunissent quatre symphonies en trois mouvements. Si l’arithmétique, plus que la logique, justifie ce singulier assemblage, elle ne gâche pas le plaisir de la musique.

Quatre symphonies comportant chacune trois mouvements que réunit un programme baptisé Symphonies en 3 mouvements : on doit ce clin d’œil à la présence du chef-d’œuvre éponyme écrit par Stravinsky en 1942-1945. Mais aucune logique particulière ne justifie l’association de celui-ci avec la Symphonie de chambre n° 1 de Milhaud, dite « Le Printemps » (1918), la première des quatre Symphonies Wq. 183 de Carl Philipp Emanuel Bach (1775) et la Symphonie en ut dièse mineur de Charlotte Sohy (1914-1917).

L’intensité dramatique de la « Grande Guerre » de Charlotte Sohy

Sous-titré « Grande Guerre », cet opus 10 d’une compositrice (1887-1955) encore méconnue n’a été créé qu’en 2019 (!) par l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté que dirigeait Debora Waldman, puis enregistré en 2021 par la même à la tête de l’Orchestre National de France (Palazzetto Bru Zane). Le nouveau disque présente une alternative utile car la partition le mérite, sous l’heureuse influence de César Franck, et aussi d’un Albéric Magnard dont la disparition tragique a inspiré Charlotte Sohy. Bar Avni en délivre une lecture très convaincante, que ce soit dans l’amertume du premier mouvement, la section centrale du deuxième ou le finale, tous (un peu) plus engagés dramatiquement que chez sa consœur. La plénitude sonore d’une formation girondine excellemment captée contribue à cette réussite.

Acuité rythmique et maîtrise des contrastes dynamiques dans Stravinsky

La concurrence est en revanche féroce dans la Symphonie en trois mouvements de Stravinsky où la cheffe israélienne ne fait sans doute pas oublier le compositeur lui-même, Rojdestvenski (en concert), Salonen, Boulez, Gielen et autres Rattle. Mais sans non plus les faire regretter. La qualité constante de son orchestre autorise notamment Bar Avni à faire démonstration de son acuité rythmique, de sa maîtrise des contrastes dynamiques, efficients sans être jamais appuyés. Dans une écriture où les ostinatos trépignants et la désinvolture néo-classique doivent être équilibrés sans méconnaître les ombres portées de la guerre en arrière-plan, sa direction paraît idéalement pondérée.

Milhaud et C.P.E. Bach en respirations musicales

Milhaud, qui nous charme durant quatre minutes, et un C.P.E. Bach toujours passionnant, même sur instruments modernes, mais seulement pendant dix minutes paraissent bien anecdotiques dans un tel contexte. Il faut écouter ce disque comme un concert imaginaire organisant un parcours aussi contrasté qu’original. Et dès lors on n’est vraiment pas déçu.

Informations pratiques

  • Titre : Symphonies en 3 mouvements
  • Compositeurs : C.P.E. Bach, Milhaud, Sohy et Stravinsky
  • Interprètes : Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Bar Avni (direction)
  • Label : Alpha Classics 1201 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2025
  • Durée : 1 h 05 mn

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