Bach en 3 x 6
Par |
Aucun des trois musiciens ici confrontés ne menace la suprématie des Isabelle Faust, Christian Tetzlaff, James Ehnes, Augustin Hadelich, David Grimal ou Frank Peter Zimmermann, pour ne citer que des versions récentes jouées au diapason actuel. Mais leurs réalisations sont toutes dignes de respect.
Le jeu limpide et souple d’Esther Hoppe
Esther Hoppe se montre la plus attachante. Elle obtient des deux instruments utilisés (un Gioffredo Cappa de 1690, plutôt sombre, et le Stradivarius « De Ahna » de 1722, plus lumineux) des sonorités fines et veloutées en maniant avec adresse l’archet moderne sur les cordes synthétiques. La limpidité de son jeu qui dispose dans l’espace une harmonie de lignes et de couleurs, la souplesse de son articulation et la simplicité de ses phrasés qui chantent avec une humilité jamais fade (Andante de la Sonate en la mineur) ne bousculent ni ne surprennent jamais : elles persuadent toujours.
Aussi parfaite, mais moins froide qu’une Julia Fischer par exemple, la Suissesse parvient à émouvoir sans surligner (Adagio de la Sonate en ut majeur). Et dans la périlleuse Chaconne de la Partita en ré mineur, un col monté dans la souffrance par tant de virtuoses, Hoppe semble gravir l’obstacle avec une fraîcheur et une grâce assez étonnantes.
Gisella Curtolo et Linus Roth plus inégaux
Les deux autres violonistes font alterner moments remarquables et (relatives) déceptions. D’une aisance technique équivalente (par exemple dans le Prélude de la Partita en mi majeur ou le Presto de la Sonate en sol mineur) et faisant montre de réelles qualités de timbres, Gisella Curtolo sur son David Tecchler de 1727 comme Linus Roth sur le Stradivarius « Le Dancla » de 1703 semblent moins convaincants dans les passages où le dessin doit épouser la respiration et générer une pure émotion (Largo de la Sonate en ut majeur).
On ne saurait leur reprocher une approche routinière, un manque d’élégance ni la méconnaissance des rythmes de danses (Tempo di borrea de la Partita en si mineur). Leur fait simplement défaut un sentiment d’évidence que d’autres nous suggèrent. La personnalité plus saillante de la violoniste italienne comme son expérience de la musique ancienne (elle utilise une copie d’archet Tourte de 1750-1760, plus léger qu’un archet moderne, et déploie une ornementation fort inventive) nous incitent à lui accorder notre préférence face à son collègue allemand plus inégal.
- Compositeur : Johann Sebastian Bach (1685-1750)
- Œuvres : Les 6 Sonates et Partitas pour violon seul
- Interprète : Esther Hoppe (violon)
- Label : Claves 50-3035/36 (2 CD)
- Année d’enregistrement : 2021
- Durée : 2 h 18 min
- Compositeur : Johann Sebastian Bach (1685-1750)
- Œuvres : Les 6 Sonates et Partitas pour violon seul
- Interprète : Gisella Curtolo (violon)
- Label : IBS Classical IBS142024 (2 CD)
- Année d’enregistrement : 2022
- Durée : 2 h 22 min
- Compositeur : Johann Sebastian Bach (1685-1750)
- Œuvres : Les 6 Sonates et Partitas pour violon seul
- Interprète : Linus Roth (violon)
- Label : Evil Penguin EPRC0062 (2 CD)
- Année d’enregistrement : 2021
- Durée : 2 h 30 min




