La Cantate « Nun komm, der Heiden Heiland » BWV 61 de Bach : la lumière de l’Avent
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C’est à Weimar, où il a été engagé comme organiste en 1708 au service du duc Wilhelm-Ernst, puis nommé Konzertmeister, que Bach compose sa première cantate de l’Avent. Elle sera entendue le 2 décembre 1714 en la chapelle ducale. Comme souvent, Bach la reprendra une fois installé à Leipzig, le 28 novembre 1723 et, peut-être, le 1er décembre 1736. Bach composera d’autres cantates pour les quatre dimanches de l’Avent, les BWV 36, 62, 70a, 132, 141, 147a et 186a.
Cette cantate emprunte son titre à un choral de Luther, adaptation en allemand de l’hymne grégorienne Veni, redemptor gentium. Le choral, pièce maîtresse de la liturgie luthérienne, est une mélodie très simple, en valeurs longues et régulières, qui sous-tend un texte sacré, en allemand. Ces chorals faisaient partie de la mémoire collective des fidèles. Aussi leur suffisaient-ils de percevoir les premières notes pour entendre non seulement la suite mais aussi (surtout) le texte qui les accompagne. Bach a composé une autre cantate sur ce choral, la BWV 62, il l’a aussi intégré à sa Cantate BWV 36 et a conçu plusieurs pages pour orgue, les chorals BWV 599, 659, 660, 661 et 699.
La cantate requiert un chœur à quatre voix (sopranos, altos, ténors et basses), un simple effectif d’instruments à cordes, un basson et une basse continue (orgue). Elle s’articule en six mouvements dont le premier, dévolu au chœur, énonce clairement le choral de Luther. Il fait alterner récitatifs et airs chantés sur un livret qui annonce naturellement la prochaine venue du Christ et célèbre la ferveur de l’Église. Bach choisit avec soin les voix à qui il confie ses airs : la soprano pour l’âme du fidèle, le ténor pour l’espoir et la basse pour la voix du Christ.
- Chœur : Nun komm, der Heiden Heiland
- Récitatif (ténor) : Der Heiland ist gekommen
- Air (ténor): Komm, Jesu, komm zu deiner Kirche
- Récitatif (basse) : Siehe, ich stehe vor der Tür und klopfe an
- Air (soprano): Öffne dich, mein ganzes Herze
- Choral : Amen, Amen, komm du schöne Freudenkrone
1. Chœur : Nun komm, der Heiden Heiland
Rien de tel qu’une ouverture pour commencer. Une ouverture à la française, en trois parties (lent, vif, lent), avec son début solennel en notes pointées, en rythme saccadé, comme un hoquet, aux cordes. Le chœur énonce dès son entrée le choral en différents pupitres (les sopranos 1’38, les altos 1′ 57, les ténors 2′ 22 et les basses 2′ 41). La section centrale (3’27) prend un mouvement fugué (« Des sich wundert alle Welt ») avant le retour du premier thème (4’33).
Nun komm, der Heiden Heiland,
Der Jungfrauen Kind erkannt,
Des sich wundert alle Welt,
Gott solch Geburt ihm bestellt.
Viens maintenant, Sauveur des gentils
Enfant reconnu issu de la Vierge,
Que le monde entier s’étonne
Que Dieu lui envoie pareille naissance.
2. Récitatif (ténor) : Der Heiland ist gekommen
Der Heiland ist gekommen,
Hat unser armes Fleisch und Blut
An sich genommen
Und nimmet uns zu Blutsverwandten an.
0 allerhöchstes Gut,
Was hast du nicht an uns getan?
Was tust du nicht
Noch täglich an den Deinen?
Du kommst und läßt Dein Licht
Mit vollem Segen scheinen.
Le Sauveur est venu,
Il a fait siens notre pauvre chair
Et notre pauvre sang,
Et nous accepte comme ses frères.
Ô perfection suprême
Que n’as-tu point fait pour nous ?
Et que ne fais-tu pas
Encore chaque jour pour les tiens ?
Tu viens et fais resplendir ta lumière
Dans toute ta grâce divine.
3. Air (ténor): Komm, Jesu, komm zu deiner Kirche
Après un récitatif plein d’espoir, le ténor assume un air (6’52) qui baigne dans la même claire lumière et ondule doucement sur un rythme dansant (9/8). Cet air, comme presque toutes les cantates de Bach, adopte le modèle da capo, alors développé par l’opéra italien, qui impose un retour au début (9’35).
Komm, Jesu, komm zu deiner Kirche
Und gib ein selig neues Jahr!
Befördre deines Namens Ehre
Erhalte die gesunde Lehre
Und segne Kanzel und Altar!
Viens, Jésus, descends dans ton église
Et apporte nous un Nouvel An heureux !
Affirme la gloire de ton nom,
Maintiens la bonne doctrine
Et bénis la chaire et l’autel !
4. Récitatif (basse) : Siehe, ich stehe vor der Tür und klopfe an
Par un des effets dont il a le secret, Bach fait entendre le Christ qui frappe à la porte par les pizzicatos des cordes (10’57).
Siehe, ich stehe vor der Tür und klopfe an.
So jemand meine Stimme hören wird und die Tür auftun,
zu dem werde ich eingehen und das Abendmahl
mit ihm halten und er mit mir.
Vois, je suis dehors et frappe à la porte.
Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte,
alors j’entrerai et j’y célébrerai la communion
avec lui et lui avec moi.
5. Air (soprano): Öffne dich, mein ganzes Herze
Après les appels d’espoir du ténor et la réponse du Christ, l’âme peut enfin ouvrir son cœur. C’est tout le sens de cet air joyeux de soprano accompagné du violoncelle et de la basse continue, ici l’orgue (12’15) qui semble vouloir s’envoler. La partie centrale, marquée Adagio, marque cependant un contraste quand est évoqué la vanité de la vie terrestre (13’33). Da capo et retour à la lumière (14’30).
Öffne dich, mein ganzes Herze,
Jesus kömmt und ziehet ein.
Bin ich gleich nur Staub und Erde,
Will er mich doch nicht verschmähn,
Seine Lust an mir zu sehn,
Daß ich seine Wohnung werde.
O wie selig werd ich sein!
Mon Cœur, ouvre-toi pleinement
Que Jésus vienne et s’y installe.
Bientôt je ne serai plus que poussière sous la terre,
Mais il ne veut pas renoncer
À voir sa joie en moi
Et à habiter en moi.
Ô que je serai alors heureux !
6. Choral : Amen, Amen, komm du schöne Freudenkrone
Conclusion joyeuse, comme le veulent les circonstances en cette période l’Avent (15’53). Bach intègre à cette foisonnante polyphonie la citation d’un autre choral, de Philipp Nicolai, « Wie schön leuchtet der Morgenstern » (Comme elle resplendit, l’étoile du matin !) (16′ 17).
Amen, Amen!
Komm, du schöne Freudenkrone,
Bleib nicht lange.
Deiner wart ich mit Verlangen.
Amen, Amen.
Viens, belle couronne de joie,
ne te fais pas attendre.
Je me languis de toi.






