CHOC_CLASSICA_NFLe claveciniste Borbála Dobozy confirme son talent singulier dans le corpus pédagogique du Cantor de Leipzig.

Durant son fructueux séjour à Köthen de 1717 à 1723, Bach compose un corpus considérable de pièces à visée pédagogique pour ses élèves et ses fils. De ces différents recueils dont le Klavierbüchlein pour Wilhelm Friedemann, Borbála Dobozy a compilé les préludes et laissé de côté fugues, fuguettes et esquisses du Clavier bien tempéré. La seconde partie de ce florilège abondant est consacrée aux Inventions et Sinfonias pour lesquelles la claveciniste a choisi la version définitive de 1723 connue de tous les apprentis pianistes depuis le xixe siècle. Pour ce projet le choix d’un instrument de type allemand paraît judicieux. Bien enregistré (et c’est le cas ici), il combine la majesté du plein jeu et la délicatesse du petit clavier et permet à l’écriture polyphonique de s’épanouir pleinement.

Bach n°263

Johann Sebastian Bach
(1685-1750)
Préludes BWV 924 à 930, 933 à 942 et 999. Inventions et Sinfonias BWV 772 à 801 — Borbála Dobozy (clavecin) — BMC CD305. 2022. 1 h 18 min
CD CLASSICA PLAGES 1 à 3

Borbála Dobozy prend très au sérieux les petits préludes et sait les caractériser avec justesse et aplomb, attendrissant avec goût les arpèges de l’initial do majeur, faisant entendre la polyphonie cachée du do mineur, parant d’une douce simplicité les trois voix du ré majeur. L’instrument sonne divinement bien et laisse entendre une technique souple et détendue : la palette d’articulations et la subtilité agogique sont remarquablement poussées, l’expression toujours naturelle et claire. L’humour bonhomme du mi majeur alterne avec le goût français du délicieux sol mineur (BWV 929) particulièrement chantant et plein d’élégance.

D’une ambition considérable, cette lecture des Inventions et des Sinfonias est à la hauteur des préceptes que le compositeur rappelle dans sa préface : « Comment acquérir un style chantant au clavier et ainsi un fort avant-goût de la composition ». Même exécutée sur le solide et brillant plein jeu, la Sinfonia en la majeur a le jarret souple et la taille élancée, l’Invention en si bémol majeur délie avec ampleur son insistant gruppetto, la Sinfonia en do majeur déroule avec aplomb et sans précipitations ses volutes dignes d’une ouverture de cantate. La musicienne sait tenir la lenteur sans ennuyer et tient un tempo vif avec une conviction et une assurance communicatives. Stimulante pour l’esprit et les sens, cette réalisation confirme le talent singulier d’une artiste déjà appréciée dans un remarquable Clavier bien tempéré (BMC, 2018).