Le Festival Bach en Combrailles met à l’honneur la musique du compositeur et les interprètes qui la servent. Rencontre avec Vincent Morel, directeur artistique du festival.

Bach ©A. Thiallier

Crédit photo : A.Thiallier

Vous célébrez en 2024 un double anniversaire:
le vingt-cinquième du festival et le vingtième
de l’orgue de Pontaumur. Pouvez-vous nous
parler de cet instrument ?

Bach en Combrailles est né de la volonté d’un vétérinaire, Jean-Marc Thiallier, qui souhaitait offrir un festival au territoire. Mais un événement autour de Bach sans orgue n’avait pas de sens. Au bout de cinq ans, le festival a pu bénéficier d’une restitution de l’orgue d’Arnstadt, dont Bach fut nommé titulaire en 1703. Cet instrument permet d’interpréter le
répertoire dans un contexte proche de son époque, avec un tempérament très doux que l’on retrouve quasiment nulle part en France. Ce choix était audacieux mais je suis certain que les projets culturels précis font gagner en visibilité. L’orgue vient d’être restauré ; nous recevons pour l’occasion Jörg Reddlin, l’actuel titulaire de l’orgue à Arnstadt, lointain successeur de Bach !

Vous marquez cette année en commandant une cantate au compositeur Bernard Foccroulle…
Bach aurait fait ainsi pour célébrer un anniversaire! Nous avons sollicité le Banquet Céleste pour interpréter deux cantates, BWV 85 et BWV 115. Bernard Foccroulle s’est appuyé sur l’effectif de ces deux œuvres pour composer librement une pièce qui mette à l’honneur l’orgue comme véritable instrument concertant, avec quatre chanteurs solistes. Nous entendrons sa musique sur un texte de saint François d’Assise, « Laudato Si ». Nous sommes
très fiers de produire des projets; c’est ce que nous avons fait avec L’Escadron Volant de la Reine, A Nocte Temporis, Les Ambassadeurs, l’Ensemble Artifices…

Le Banquet Céleste est justement en résidence pour cette édition.
Les musiciens de l’ensemble seront parmi nous une semaine et présenteront un programme soliste. Damien Guillon a donné son dernier concert avec eux pour Pâques à Arnstadt. Nous sommes heureux de les accompagner dans ce nouveau départ et de répondre à leur désir d’aborder la musique contemporaine.

 

Vous faites aussi la place à de jeunes artistes
encore inconnus ou peu connus. Quels sont-ils?

Je suis très sollicité par de nouveaux ensembles et nous sommes toujours à l’affût de projets neufs. Le jeune Ensemble Marilou nous a soumis un programme très cohérent autour de Bach; nous sommes heureux de les mettre en valeur. Nous recevons l’Ensemble Baumhaus dont le claveciniste est élève au CNSMD et se charge de l’accord de nos instruments ! Ils interpréteront les Quatuors Parisiens de Telemann que je voulais programmer depuis des années. Le
public pourra enfin découvrir la claveciniste Lucie
Chabard dans un programme de Sweelinck à Bach.

Comment définir la marque de fabrique
de votre festival ?

Je suis arrivé en 2016 pour préparer l’édition de 2017. La ligne artistique était déjà claire pour ce festival qui était alors très connecté à l’étranger – mon prédécesseur, Patrick Ayrton, était professeur de clavecin au conservatoire de La Haye. Mon défi a été de raccrocher le festival à la vie musicale dans l’Hexagone. Nous sommes le premier festival consacré à Bach en France. La programmation n’est pas articulée autour
d’une abbaye du XIIe siècle ou d’un château renaissance: le public vient pour la musique et non pour le patrimoine. Le festival se tient sur six jours avec une grande densité de rencontres musicales – jusqu’à cinq dans la journée ! Nous faisons un pari sur la ruralité et sur l’excellence artistique: je clame qu’on peut exister avec un projet artistique très fort… On ne propose pas de faire du yoga en écoutant Bach!