Othman Louati musicien multi-pistes
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Fin connaisseur du passé mais aussi à l’écoute du présent, instrumentiste et chef, il compose pour la scène une musique raffinée et colorée, autant inspirée de l’actualité que de la littérature ou du cinéma.
La rencontre semble improbable, impensable même : Bach et la pornographie. L’un des plus hauts génies de l’humanité et les plus bas instincts de l’homme ? « Lorraine de Sagazan avait l’intention d’utiliser la musique baroque pour faire entendre les mots d’une autre manière », explique Othman Louati. Ces mots, ce sont ceux des femmes, des victimes d’une sordide affaire dite « French Bukkake », du nom d’un ancien opérateur de production et de diffusion de contenus pornographiques en ligne, actuellement poursuivi devant les tribunaux.
Bach face à la violence contemporaine
« L’affaire démarre en octobre 2020 à Paris avec une série de mises en examen pour viol, proxénétisme et traite d’êtres humains et concerne le site internet French Bukkake », explique Lorraine de Sagazan. S’il a d’abord fortement recommandé de choisir les cantates de Bach, Othman Louati a commencé à douter quand il a fallu songer à en remplacer les textes. « Cela relevait pour moi du sacrilège mais, en même temps, ce procédé affirmait croire en la puissance de la musique. On évolue vraiment dans la sphère du théâtre politique », poursuit le compositeur.
Le soutien musical sera donc assuré par deux œuvres de jeunesse de Bach, la célèbre Cantate « Christ lag in Todesbanden » (Christ gisait dans les liens de la mort), BWV 4, composée pour Pâques, et la Cantate « Nach dir, Herr, verlanget mich » (Vers toi, Seigneur, je m’élève), BWV 150. Procédé scandaleux ? Pas vraiment. Bach a souvent réemployé sa propre musique, en transformant une cantate profane en cantate sacrée.

Et pour parvenir à cette hybridation entre paroles d’aujourd’hui et musique d’hier, pour signifier « le mensonge, le masque, le dédoublement d’identité », Othman Louati recourt à des outils électroniques tels qu’Autotune ou Vocoder. Ces deux cantates révisées seront accompagnées d’une musique de scène composée pour la circonstance par Othman Louati (une quinzaine de minutes organisée sur le même cantus firmus que la Cantate BWV 4), toutes interprétées par l’Ensemble Miroirs Étendus.
Ce spectacle, qui s’annonce intense mais déstabilisant, voire éprouvant (et, en conséquence, déconseillé aux moins de 16 ans), questionne, selon les mots de la metteuse en scène « l’histoire des représentations de la béatitude et de la douleur glorifiée dans l’iconographie féminine. »
Entre héritage et présent
Compositeur, arrangeur, percussionniste, chef d’orchestre, membre des ensembles Le Balcon et Miroirs Étendus, Othman Louati, 37 ans, passé par les conservatoires de Tourcoing puis de Paris (CNSMD), marque un égal intérêt pour son temps (Bowie-Cage), la scène (La Messe là-bas pour la pièce de Claudel avec Didier Sandre) et le passé (il offre des orchestrations originales de Wagner, Debussy et Britten).
Très sollicité ces temps-ci, il voit son premier opéra Les Ailes du désir, créé en novembre 2023, repris à Clermont-Ferrand puis à Paris avec ce même Ensemble Miroirs Étendus. Dans cette adaptation de Gwendoline Soublin du célèbre film de Wim Wenders, le noir et blanc et les couleurs qui distinguaient les anges des humains ont cédé la place à des marionnettes grandeur nature dialoguant avec les chanteurs.
Othman Louati présentera en outre au printemps prochain Solaris, un opéra-vidéo pour mezzo-soprano et ensemble mixte, conçu avec le cinéaste et plasticien Jacques Perconte, d’après le roman éponyme de l’écrivain polonais Stanisław Lem, source du célèbre film d’Andreï Tarkovski. « Dans cette œuvre d’une heure, baroque dans son langage, j’opère un retour vers l’harmonie et la couleur, marqueurs de l’identité de la musique française, de Rameau à Grisey. J’essaie de trouver comment les associer à la puissance de l’électronique, comment le son peut hypnotiser. Ce sera mon œuvre la plus immédiatement séduisante, la plus hédoniste, loin de mes recherches sur les frottements et sur les dissonances ».
Nul doute que cette histoire de station spatiale en orbite autour de la planète Solaris permettra à ce fils et frère de volleyeur de prendre encore de la hauteur et atteindre des sommets.
Actualité d’Othman Louati
Chiens
- Mise en scène : Lorraine de Sagazan
- Direction musicale : Romain Louveau
- Du 29 janvier au 14 février 2026, du mardi au samedi à 20 h, matinées les dimanches à 16 h
- Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
Les Ailes du désir
- Mise en scène : Grégory Voillemet
- Direction musicale : Fiona Monbet
- Clermont Auvergne Opéra, Clermont-Ferrand, le 7 février à 20 h
- Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Paris, les 12 et 14 février à 20 h, le 15 à 16 h
Solaris
- Roubaix, La Condition Publique, le 29 avril 2026, à 20 h
- Théâtre Graslin, Nantes, le 6 mai à 20 h
- MC2, Grenoble, le 21 mai à 20 h
Ciné-concert
- La Planète sauvage, film de René Laloux, d’après des dessins de Roland Topor (1973)
- Musique d’Alain Goraguer (arrangements et compositions originales de Nitai Hershkovits, adaptation d’Othman Louati)
- Nitai Hershkovits (piano, synthétiseur), Le Balcon, Othman Louati (direction)
- Philharmonie de Paris, le 31 janvier à 20 h et le 1er février à 16 h




