Au salon de Joséphine : un récital au cœur du Premier Empire

Published On: 19 décembre 2025|
Temps de lecture : 3 minutes

Cet album invite l’auditeur dans le salon de Joséphine de Beauharnais (1763-1814), première épouse de l’empereur Napoléon Ier, par le répertoire, mais aussi par les sonorités historiques du château de Malmaison. À l’invitation du Centre des pianos romantiques, les trois artistes ont concocté un florilège de romances, d’airs lyriques et de pièces instrumentales interprété sur une harpe de Jean-Henri Nadermann (1793) et un pianoforte de Jean-Guillaume Freudenthaler (1814).

La romance française, entre intimité et modernité

Nouveau genre du salon, la romance est illustrée par une sélection qui bat en brèche les conventions de la pièce strophique. Celle de Pierre-Jean Garat, chanteur alors adulé, déploie ainsi une palette d’émotions grâce à l’impeccable diction frémissante de la mezzo-soprano Coline Dutilleul. Chez la compositrice Hortense de Beauharnais, le bercement de la harpe (sextolets) traduit délicatement la nostalgie de l’exilée (L’Hirondelle), tandis que les inflexions mineures du célèbre Plaisir d’amour de Jean-Paul-Égide Martini suggèrent les tourments de l’infidélité amoureuse.

La véritable surprise provient toutefois de L’Orage d’Hortense de Beauharnais : l’emportement que déploient la chanteuse et Aline Zylberajch au pianoforte, notamment dans les interludes, ouvre une voie résolument préromantique.

De l’opéra au salon : airs lyriques et transcriptions

Les transcriptions d’airs lyriques occupent une place de choix dans le programme. De Méhul, compositeur en faveur sous le Premier Empire, l’extrait de la comédie-parade L’Irato ou l’Emporté (1801) révèle avec un naturel saisissant les fougueux élans de la protagoniste — Émilie, fausse prude aux appétits mal dissimulés… À l’opposé, l’expression tour à tour suppliante, éprouvée puis déterminée du monologue d’Hortense (Le Huron de Grétry) met en valeur le large ambitus de Coline Dutilleul. Son tempérament lyrique affirmé s’affranchit définitivement de l’intimité salonnarde dans La Mort de Werther de Jadin, à l’expressivité d’emblée romantique.

Cependant, à la Malmaison, l’italophilie de l’Empereur demeure prégnante. L’aria de Paisiello, tirée de I zingari in fiera, restitue la désinvolture d’une Bohémienne facétieuse, tandis que la sensualité associée au castrat Crescentini trouve ici une incarnation pleinement convaincante. Le véritable protégé de l’Impératrice reste néanmoins l’Italien Spontini, dont l’ascension suscite la jalousie des compositeurs tutélaires de l’Opéra de Paris. Grâce au soutien impérial, il impose sa monumentale Vestale (1807), ici représentée par l’air en italien « O nume tutelar » (Ô Déesse tutélaire des infortunés). Le livret, pourtant documenté, n’explicite pas les raisons de ce choix linguistique.

Vérité historique et émotions

Autres gloires du salon de Joséphine, les compositeurs et facteurs François-Joseph Naderman (harpe) et Ignaz Joseph Pleyel (pianoforte) offrent une épaisseur polyphonique au récital, séduisante chez l’un (Sonatina, op. 92 n° 2), expressive chez l’autre (Duo pour harpe ou forte piano). Complices et expérimentées, Aline Zylberajch (pianoforte) et Pernelle Marzorati (harpe) font également découvrir des pièces de Steibelt et de Krumpholz.

En conjuguant vérité historique et émotions, ce récital varié touche les cordes sensibles de tout auditoire. Laissons la parole à la protagoniste de L’Irato, ou l’Emporté de Méhul : « Et quand je ne fais pas l’amour / Je fais au moins de la musique » !

Informations pratiques

  • Compositeurs : Garat, Paisiello, Beauharnais, Méhul, Spontini, Jadin, Grétry
  • Œuvres : Mélodies, airs d’opéra et pièces instrumentales
  • Interprètes : Coline Dutilleul (mezzo-soprano), Pernelle Marzorati (harpe), Aline Zylberajch (pianoforte)
  • Label : Ramée RAM2410 (1 CD)
  • Année d’enregistrement : 2024
  • Durée : 1 h 05 min

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