Au chœur de Puccini, à Nice

Par |Published On: 15 novembre 2024|

Edgar de Puccini est l’opéra du chœur, au même titre que Turandot. Véritable sixième personnage, il incarne une communauté tour à tour suspicieuse, festive ou contrite. Compte-rendu de la représentation à Nice.

Edgar de Puccini à Nice ©Dominique Jaussein

Crédit photo : Dominique Jaussein

Excellemment préparé par Giulio Magnanini, le Chœur de l’Opéra de Nice porte ce Puccini juvénile (1889) un peu desservi par un livret stratifiant tous les archétypes romantiques : TannhäuserCarmenLa Force du destin. Découvrir – ou redécouvrir –, cet opus malaimé depuis sa création, c’est explorer le laboratoire où germent déjà ToscaTurandot et La Bohème, comme le prouvent les préludes de chacun des quatre actes. C’est en effet la version longue d’Edgar que propose Nice pour le centenaire Puccini.

Inspiré de Musset, le mélodrame, avec tout ce qu’il faut de vengeance et de malédiction paroxystiques, déchire Edgar entre deux amours : la fougueuse Tigrana et la douce Fidelia. Valentina Boi incarne une sensualité vibrante, tandis qu’Ekaterina Bakanova, angélique, séduit par ses pianos sublimes. Dalibor Jenis, baryton vengeur, et Ferruccio Furlanetto, basse paternelle, enrichissent la distribution, affrontant la puissance de l’Orchestre philharmonique de Nice, magnifié par Giuliano Carella. Sa direction fougueuse donne chair et muscle à ces actes athlétiques, emplis d’accents préraphaélites, d’ombres wagnériennes et de pathos tchaïkovskien, surtout dans le saisissant troisième acte et son requiem. Malgré la mise en scène neutre de Nicola Raab, traverser ce pont entre enfer et paradis relève du pur bonheur puccinien.

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