Anna Besson redécouvre les quatuors avec flûte de Mozart
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Après s’être passionnée pour la musique traditionnelle irlandaise avant de se tourner vers les instruments historiques, la flûtiste Anna Besson revient aux quatuors avec flûte de Mozart. Elle explique comment la facture de l’instrument ouvre des possibilités nouvelles de couleurs, de phrasé et de rythme.
Vous rappelez dans le texte de présentation du disque que « les quatuors avec flûte de Mozart sont de façon indélébile liés à [votre] toute première tournée en tant que musicienne ». Vingt ans plus tard, vous affirmez redécouvrir « avec un plaisir renouvelé ces pièces pleines de fraîcheur ». Comment votre lecture et votre interprétation de cette musique ont-elles évolué ?
Anna Besson : À l’époque, je pratiquais la flûte traversière moderne, aussi appelée flûte Böhm, en métal, dont le mécanisme permet de tout jouer de façon égale et virtuose. Mais cette facilité fait perdre des couleurs et des possibilités de phrasé. J’ai pu constater par la suite que des questions d’interprétation pouvaient être réglées en changeant d’instrument.
C’est-à-dire en utilisant une flûte en bois ?
A.B. : Oui, l’instrument donne alors des pistes, par sa facture conique et ses couleurs héritées du tempérament mésotonique.

Cette musique est-elle techniquement difficile ?
A.B. : Pas très, car elle répond à des commandes de flûtistes amateurs éclairés. Il ne faut pas oublier que dans ces années 1780, la flûte est un instrument à la mode parce qu’il offre justement aux amateurs la possibilité d’exercer leurs talents. Les Quatuors K. 285, K. 285a et K. 285b, comme les Concertos pour flûte K. 313 et K. 314, résultent de la commande du riche Willem van Britten de Jong, dit Ferdinand Dejean, médecin de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il avait approché Mozart, alors à Mannheim entre octobre 1777 et mars 1778, par l’entremise de Johann Baptist Wendling, flûtiste de l’orchestre de la cour.
Dans ces quatuors, la flûte doit-elle se considérer comme une soliste entourée de trois instruments à cordes ou, au contraire, s’inscrire dans une polyphonie ?
A.B. : Cela dépend des mouvements et des sections de certains mouvements. Mozart aime alterner les deux configurations. Dans le sublime Adagio du Quatuor en ré, K. 285, semblable à un air d’opéra, la flûte endosse naturellement un rôle de soliste. À d’autres moments, il faut savoir si la flûte doit accompagner le violon ou discuter avec les trois archets. Mozart se distingue en cela de ses contemporains qui réservaient à la flûte la voix supérieure et une position dominante.
Que doit-on penser de la fameuse détestation de la flûte que Mozart aurait exprimée dans une lettre envoyée de Mannheim à son père ?
A.B. : Je pense que cette phrase, qui a fait couler beaucoup d’encre, s’adresse plus aux commanditaires qu’à l’instrument. Mozart s’est vite rendu compte que Dejean serait un mauvais payeur.
Quel instrument avez-vous choisi pour enregistrer ces quatuors ?
A.B. : Le même que celui avec lequel j’ai enregistré le Concerto pour flûte et harpe [Alpha Classics, 2023], à savoir une copie réalisée par Martin Wenner d’une flûte à huit clefs d’August Grenser, facteur de Dresde réputé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Les quatre quatuors appellent-ils la même flûte ?
A.B. : À l’époque, on trouve des flûtes à une clef et des flûtes pouvant avoir entre quatre et douze clefs. Les Quatuors en ré, K. 285, et en sol, K. 285a, peuvent être joués avec une flûte à une seule clef. Mais le Quatuor en la, K. 298, compte de nombreux sol dièse qui nécessitent des doigtés dits « de fourche ». J’ai alors adopté une flûte à huit clefs pour l’ensemble du disque. Elle permet en outre de donner un peu plus d’éclat au Quatuor en do, K. 285b.
J’ai lu que vous vous étiez intéressée aux flûtes baroque et classique en bois, après avoir pratiqué la musique traditionnelle irlandaise. Qu’en est-il ?
A.B. : Parallèlement à mes études de flûte « classique » au conservatoire de Perpignan, j’accompagnais régulièrement mes parents à des bals « folk » dans lesquels étaient abordées différentes danses populaires comme la sardane. C’est à cette occasion que j’ai découvert cette musique irlandaise, qui est alors devenue une véritable passion. Je ne voulais faire que ça. Quand je suis allée à Paris pour poursuivre mes études de flûte au CNSMD, je passais l’essentiel de mes soirées à des sessions irlandaises. J’aime dans cette ambiance l’absence de tout préjugé et de jugement. Chacun essaie de répéter les thèmes en les apprenant à l’oreille.
Est-ce que la pratique intensive de cette musique a exercé une influence sur votre interprétation de la musique classique ?
A.B. : Sans doute dans la perception et la restitution du rythme. Je ne supporte pas les rythmes instables [rires]. L’influence sur l’interprétation de la musique baroque est par ailleurs évidente tant est étroit son rapport à la danse. La phrase se calque alors sur les pas.
À écouter : Anna Besson joue Mozart
Vient de paraître
Informations pratiques
- Compositeur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
- Titre : Complete Flute Quartets
- Œuvres : Quatuors avec flûte K. 285, 285a, 285b et 298. Quatuor avec flûte d’après la Sonate pour piano K. 311/284C (transcription de Hoffmeister)
- Interprètes : A Nocte Temporis : Anna Besson (flûte), Louis Créac’h (violon), Manuela Bucher (alto), Ronan Kernda (violoncelle)
- Label : Alpha Classics 1259
- Date d’enregistrement : 2025
- Durée : 1 h 09 min
Pour prolonger l’écoute
Informations pratiques
- Compositeur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
- Titre : Flute Concertos
- Œuvres : Concertos pour flûte K. 313 et 314. Concerto pour flûte et harpe K. 299
- Interprètes : Anna Besson (flûte), Clara Izambert (harpe), A Nocte Temporis, Reinoud Van Mechelen (direction)
- Label : Alpha Classics 1115
- Date d’enregistrement : 2023
- Durée : 1 h 09 min
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