Crépuscule du romantisme ?
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Glenn Gould proposa jadis son propre itinéraire dans le crépuscule du piano de Brahms, s’en tenant, pas seulement pour effet de titre, aux Intermezzi, ces musiques du fugace.
Choisissant lui aussi d’y tracer son propre chemin, Piotr Anderszewski n’en restera pas aux seuls Intermezzi, dix sur les douze pièces certes, mais deux opus varient autrement le propos.
Au centre de son voyage quatre pièces des Fantasien, op. 116 forment une quasi petite sonate où le Brahms ombreux reparaît dans l’orage du Capriccio, sorte de souvenir lointain du ténébreux jeune homme qui déchaînait les tempêtes du Premier Concerto. Mais soudain, avec la dorure de coucher de soleil du quatrième numéro, un Intermezzo cette fois (Adagio), c’est un autre monde que le pianiste voit autant qu’il l’entend, merveille d’un toucher au contrôle fanatique, l’exact point de rencontre entre l’agonie du romantisme et l’apparition d’un nouvel univers sonore.
Fascinant comme tout le disque, d’une hauteur de vue, d’une concentration et d’une intensité jusque dans le plus dolce ; autant d’éléments qui disent assez la maîtrise de l’instrument et la puissance de la pensée. Les saillants vertigineux du Capriccio en sol mineur et de la Rhapsodie en mi bémol majeur créent soudain des irruptions sonores qui me laissent espérer qu’en un proche avenir Piotr Anderszewski ira visiter le jeune Brahms.

(article initialement paru sur www.artamag.fr)
Informations pratiques
- Compositeur : Johannes Brahms (1833-1897)
- Album : Late Piano Works
- Œuvres : Fantaisies op. 116 nos 2 à 5. Intermezzi op. 117 nos 2 et 3. Pièces pour piano op. 118 nos 1, 2 et 6. Pièces pour piano op. 119 nos 1, 3 et 4
- Interprète : Piotr Anderszewski (piano)
- Label : Warner Classics 5021732988065 (1 CD )
- Date d’enregistrement : 2024
- Durée : 49 min





