L’Amour des trois oranges de Prokofiev, entre farce et féerie
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Créé à Chicago en 1921, L’Amour des trois oranges plonge l’opéra de Prokofiev dans un univers burlesque où sorcières, conspirateurs, princes et oranges enchantées se côtoient. De la mélancolie du Prince à sa quête éperdue des trois fruits magiques, sept moments clés permettent de découvrir une partition aussi vive que grinçante. L’Opéra de Lyon en propose une nouvelle mise en scène, de Laurent Pelly, du 4 au 20 octobre, reprise à l’Opéra national du Rhin, du 15 mars au 6 avril, tandis que le Théâtre des Champs-Élysées en accueille une version de concert le 14 octobre.
C’est une histoire à dormir debout. Ou à éclater de rire. Le Prince, fils du Roi de Trèfle, souffre d’hypocondrie, ce qui le rend incapable de rire. Pour le guérir, son père, secondé par le mage Tchélio, convoque toutes sortes de spectacles et de divertissements. C’est finalement l’apparition de Fata Morgana, qui, par sa chute, suscite son premier éclat de rire. Furieuse, la sorcière le condamne à tomber amoureux de trois oranges gardées par une impitoyable cuisinière.
Le ton de l’opéra de Prokofiev oscille entre la parodie de l’opéra romantique et la farce. La musique est vive, mordante, souvent grinçante, à l’opposé du lyrisme du XIXᵉ siècle. Composé en 1919, le deuxième opéra achevé de Prokofiev fut créé, en français, le 30 décembre 1921 à Chicago sous la direction du compositeur. Il compte quatre actes précédés d’un prologue et dure environ deux heures.
Clés d’écoute
1/ Prologue. « Donnez-nous de grandes tragédies ».
Des groupes de spectateurs, les Tragiques, les Comiques, les Lyriques et les Têtes vides, se disputent sur le genre de spectacle à voir. Les Ridicules finissent par imposer leur loi, et la pièce commence : l’œuvre annonce d’emblée sa nature théâtrale.
Prokofiev annonce d’emblée qu’il ne faut surtout pas chercher ici le réalisme psychologique d’un opéra traditionnel.
2 / Acte I. Deuxième tableau : « C’est Tchélio »
Le Prince est plongé dans une mélancolie maladive. Le Roi fait venir des artistes et des amuseurs pour le distraire. Les situations deviennent progressivement de plus en plus extravagantes. Apparaissent Tchélio et Fata Morgana.
Prokofiev traite les personnages presque comme des figures de dessin animé.
3/ Acte I. Troisième tableau. « Tous mes désirs »
Le complot de Léandre et de Clarice. Le Premier ministre et la nièce du roi souhaitent la mort du prince pour s’emparer du trône. Ils s’allient à la sorcière Fata Morgana.
4 / Acte II. Premier tableau. « Est-ce drôle ? »
Pour distraire le Prince, on organise de grandes fêtes. Le bouffon Truffaldino essaie désespérément de le dérider. En vain. Résonne au loin le son d’une marche, devenue le moment le plus célèbre de l’opéra.
5 / Acte II. Deuxième tableau. « Divertissement numéro un »
Fata Morgana s’invite aux festivités. Elle se dispute avec le bouffon Truffaldino et chute maladroitement. Le prince éclate d’un grand fou rire et se trouve guéri. Humiliée, Fata Morgana lui jette un sort : il est désormais obsédé par la quête impossible de trois oranges magiques gardées par une terrible cuisinière.
6 / Acte III. Deuxième tableau. « Qu’est-ce ? J’ai peur, mon prince ! »
Dans le désert, le Prince et Truffaldino partent à la recherche des fruits enchantés. Ils traversent un univers qui ressemble davantage à un rêve ou à une bande dessinée qu’à un conte traditionnel. Ils parviennent au château de la cuisinière où se trouvent les trois oranges. Truffaldino parvient à la neutraliser grâce au ruban magique donné par Tchélio. Aidé de Truffaldino, le Prince réussit à voler les trois oranges. Sur le chemin du retour, assoiffé, Truffaldino ouvre deux fruits : il en sort deux princesses qui meurent aussitôt de déshydratation. Le Prince ouvre la troisième orange et découvre la princesse Ninetta, dont il tombe éperdument amoureux. De retour au palais, Fata Morgana remplace Ninetta, transformée en rat, par la servante Smeraldina.
7/ Acte IV. Deuxième tableau. « Est-ce en ordre ? »
Le mage Tchélio a déjoué le maléfice de la sorcière. Ninetta retrouve forme humaine, les conspirateurs sont démasqués et s’enfuient. L’opéra s’achève dans la joie et le mariage des amoureux.
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