Alexandre Duhamel, un Hollandais à l’Opéra de Rouen

Published On: 23 janvier 2026|
Temps de lecture : 2 minutes

Il sera le Hollandais dans Le Vaisseau fantôme, à l’Opéra de Rouen, à partir du 27 janvier. Après Kurwenal dans Tristan et Isolde et Alberich dans Siegfried, le baryton Alexandre Duhamel interprète enfin son premier grand rôle wagnérien. Un premier appelé à avoir une suite.

Comment envisagez-vous votre rôle ? Le Hollandais a-t-il envie d’être sauvé ou de mourir ?

Il n’en peut plus d’errer depuis des siècles et ne croit plus en l’amour. Il laisse entendre qu’il a été trahi par des femmes incapables de tenir leur promesse. Est-ce un point de vue misogyne ? On ne peut pas imposer aux femmes une fidélité éternelle alors que le vrai amour ne peut se vivre que dans une totale liberté. Il n’y a donc aucune issue favorable à cette histoire. Si le Hollandais est sauvé, il condamne la femme qui le sauve. Mourir avec Senta reste donc la seule possibilité.

Ce personnage très complexe, tiraillé entre des sentiments contradictoires, se révèle d’une richesse psychologique et musicale exceptionnelle. Je dois reconnaître que ce rôle, avec celui de Golaud dans Pelléas et Mélisande de Debussy, est celui qui m’a le plus marqué. Il y a derrière une brutalité ou une dureté de façade beaucoup de bonté et d’humanité.

Comment définiriez-vous l’écriture vocale de Wagner dans Le Vaisseau fantôme ?

Elle reste très marquée par le style italien, par le bel canto : on y trouve ainsi des gruppetti ! Mais elle trahit aussi un Wagner manifestement en transition, évoluant vers sa maturité. Il développe le principe du leitmotiv et convoque un orchestre très expressif qui souvent exprime ce que le Hollandais ne parvient pas à dire. Le Vaisseau fantôme est à la fois un opéra très symphonique et très vocal, ballotté entre la tempête et l’introspection.

Comment s’entendre, dans tous les sens du terme, avec l’orchestre ?

Une chose est certaine : on ne peut pas lutter. C’est inutile. Essayer la force, envisager la démonstration vocale ou théâtrale, ne rime à rien, à la différence du bel canto. Il faut cultiver l’intériorité du personnage, rester dans son axe, conserver une sorte de froideur mentale. Avoir un esprit froid et un cœur chaud comme le recommande le chef Yannick Nézet-Séguin. Ne pas sous-chanter, ni sur-chanter.

En mai prochain, vous allez interpréter votre premier Wotan dans L’Or du Rhin à l’Opéra de Marseille. Vous poursuivez votre exploration du répertoire allemand ?

Oui, et je travaille la langue à cette occasion. Comme pour Golaud, il faut être dans chaque mot, affiner la diction, soigner le texte. On ne peut pas colorer la phrase si on ne comprend pas ce qu’on chante. Et je constate aujourd’hui une évidence entre cette vocalité allemande et ma voix telle qu’elle a évoluée. D’autres Wagner et des Strauss sont d’ailleurs en préparation.

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