Akira Mizubayashi : les pinceaux et les violons contre les canons
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Dans son nouveau roman La Forêt de flammes et d’ombres, Akira Mizubayashi explore le pouvoir de la musique et de la peinture face à la guerre. Un récit sensible où l’art devient acte de survie et de résistance.
Il y a Ren Mizuki, peintre, Bin Kurosawa, violoniste, et Yuki Arisawa, elle aussi peintre. Trois étudiants japonais que les contingences de la guerre vont réunir dans un centre de tri postal à Tokyo en décembre 1944. Une intense histoire d’amour et d’amitié va se développer entre ces trois jeunes gens dans un contexte de fin de conflit international marquée par les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945.
En recourant à un procédé désormais familier, mêlant narration à la première personne (extraits de journaux intimes des protagonistes) et relation des faits, Akira Mizubayashi nous invite, toujours dans un français châtié et nuancé, à suivre ces destins croisés jusqu’en septembre 2035. Ce style, caractéristique de l’auteur franco-japonais, permet de relier l’intime et l’universel, entre mémoire, art et humanité.
L’art face à la guerre : peinture et musique comme résistance
Entre le Japon, Genève et Paris, la musique va, à nouveau, accompagner les vies. Les quatuors à cordes de Haydn, Mozart, Beethoven et Mendelssohn, les duos pour violon et alto de Mozart, la « Cavatine » du Quatuor n° 13 de Beethoven par Wilhelm Furtwängler et l’Orchestre philharmonique de Berlin (« La plus belle chose qui existât au monde »), le violoniste Arthur Grumiaux ponctuent ainsi ce récit et en marquent souvent les temps forts.

Akira MIZUBAYASHI
© Francesca Mantovani
Akira Mizubayashi – © Francesca Mantovani
S’il ne s’inscrit pas directement dans la lignée de sa précédente trilogie, Âme brisée (2019), Reine de cœur (2022) et Suite inoubliable (2023), le nouveau roman d’Akira Mizubayashi en emprunte de nombreux éléments (et l’écriture alerte) : le contexte de la Seconde Guerre mondiale, la dénonciation de « l’ultranationalisme fanatique » du régime japonais d’alors, de l’atrocité des combats, et, bien sûr, le rôle important de la musique. Plus largement, il interroge le pouvoir de l’art face à l’absurdité de la violence (« Cette guerre stupide qu’on dit sacrée »).
Le quatuor à cordes, symbole d’équilibre et de civilisation
Mutilé et défiguré lors d’une embuscade, Ren devra en effet apprendre à pratiquer son art autrement. La peinture s’arroge ainsi un rôle nouveau dans l’univers de Mizubayashi, jusque lors très mélomane. Elle devient un espace de survie et d’expression face à la violence. Ce roman emprunte d’ailleurs son titre à un ensemble de quinze toiles (« L’œuvre de sa vie »), très tourmentées, réalisées par Ren.
Mais c’est tout de même la musique qui conserve la première voix et, par le biais du quatuor à cordes, passe pour « un modèle de société et de civilisation » . Chaque instrument conserve sa voix propre, mais il contribue à l’équilibre de l’ensemble par le dialogue. Un discours qu’ignorait un Japon « cauchemardesque », divisé entre « dominateurs » et « asservis ». La culture et l’art comme réponse à la brutalité et à la folie des hommes : cet appel sonne avec une singulière pertinence en notre époque troublée.
Plus d’informations
- Auteur : Akira Mizubayashi
- Ouvrage : La Forêt de flammes et d’ombres
- Editions : Gallimard, collection NRF
- Nombre de pages : 288 pages
- Prix : 21 €




