En Ludovic Tézier, on avait déjà salué ici l’éminent baryton verdien qu’il est – et même actuellement le plus grand d’entre tous, là où régnèrent il n’y a pas si longtemps les Gobbi, Cappuccilli, et plus récemment un Bruson, ou un Nucci.

Simon Boccanegra / Verdi / Calixto Bieito ©Agathe Poupeney/OnP

Crédit photo : Agathe Poupeney/OnP

Voix, tempérament, style : autant de qualités conjuguées que l’on peine un peu à trouver, aujourd’hui, dans la plus jeune génération italienne mais où le Français, dans ce répertoire-là – et bien au-delà – apparaît désormais sans concurrence. Boccanegra à ne surtout pas manquer, donc, ces jours-ci à l’Opéra de Paris. « Maturité triomphante », avait écrit, il y a déjà quelques années, l’une de mes consœurs : façon de rappeler que la carrière de Tézier s’est construite au long cours, s’imposant d’abord par la seule beauté et autorité du timbre, et par cette ligne de chant admirable, ciselée depuis au fil des rôles. La voix avant l’indiscutable présence scénique et théâtrale, se libérant ainsi d’une relative prime réserve. Quelques souvenirs en vrac, mais pour la vie : Chorèbe, dans la production des Troyens de Berlioz, en 2003, sous la baguette de John Eliot Gardiner au Châtelet.

L’éclosion d’un parcours glorieux

À Bastille, deux ans plus tard, un Prince Yeletsky d’une classe inouïe dans La Dame de Pique de Tchaïkovski – ces deux productions ont été filmées, par bonheur, revoyez-les ! Mozart, bien sûr, un Comte Almaviva étrenné dès les tout débuts puis chanté de Vienne au Met de New York, en passant par Paris dans la reprise du mémorable spectacle de Strehler. Voici l’éclosion d’un parcours glorieux, inscrit dans les pas – aussi – des grands prédécesseurs français que furent les Michel Dens, Ernest Blanc, Robert Massard ou autre Gabriel Bacquier (saluons d’ailleurs ici sa mémoire en cette année de centième anniversaire de sa naissance). Faramineux Hamlet d’Ambroise Thomas, la saison dernière dans la capitale, Scarpia saisissant que le baryton reprend à Munich et à Londres dans les prochains mois… Wagner, enfin ! Somptueux (premier) Amfortas à Vienne en 2021, aux côtés de Jonas Kaufmann – le partenaire de tant de grandes soirées – et dont nous parvient aujourd’hui l’enregistrement (Sony Classical)… C’est un héros jadis très discret qui écrit aujourd’hui sa légende : immense Ludovic Tézier.

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