À l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg, Michael Spyres incarne un Lohengrin somptueux d’élégance.

Lohengrin Strasbourg ©Klara Beck

Crédit photo : Klara Beck.

Il y avait deux formidables raisons de courir à Strasbourg pour écouter et voir Lohengrin : la prise du rôle du chevalier au cygne par le ténor américain Michael Spyres qui chante ici, hors le Steuermann et Erik, son premier grand rôle wagnérien à la scène, et la direction musicale du chef ouzbek Aziz Shokhakimov, le patron de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, déjà fort remarqué dans Les Oiseaux de Braunfels voici deux ans.

Côté scène, si Florent Siaud ouvre des perspectives sociétales dans le programme de salle, il est bien en peine de les porter sur le plateau. Sa production en reste classiquement à l’opposition du bien et du mal, dans une société post-romantique en ruines, et sous la coupe du sabre et du goupillon, avec chambre nuptiale-chœur d’église dont le fond s’ouvre sur le monde du Graal, sans le moindre cygne, hors un anneau qui en figure le lien magique.

Sans proposition marquante

Un beau décor unique à variables signé Romain Fabre, inspiré de Caspar David Friedrich, mais sans son génie atmosphérique, et des éclairages lunaires de Nicolas Descoteaux, rehaussent une direction d’acteurs plate et trop embarrassée des chœurs (ONR et Angers-Nantes, excellents par ailleurs) mais ne font pas une proposition marquante. Comme la distribution, inégale qui souffre du forfait d’Anaïk Morel, remplacée en Ortrud par Martina Serafin tout juste débarquée pour la générale, et qui doit composer avec le trampoline d’un aigu dévasté. Le beau Hérault d’Edwin Fardini, lauréat Voix des Outremers 2021, est encore un peu vert pour avoir l’impact du rôle, alors que Le Roi Henri de Timo Riihonen, qui prend l’acte I pour trouver ses marques, s’impose par une voix noire et profonde. Josef Wagner, formidable Barak à Lyon il y a peu, n’est pas à son meilleur en Telramund : la voix, les couleurs peinent à marquer avant la fin du II. La salle aidant, Johanni van Oostrum chante parfaitement Elsa, mieux qu’à Bastille même en septembre, mais ne sort pas de la convention du rôle : là où Florent Siaud la voit comme une résistante engagée, elle fait bien pâle héroïne.

Michael Spyres, exceptionnel

Mais l’exceptionnel en cette première est bien l’incarnation de Michael Spyres dans son appropriation d’un domaine vocal qu’il avait soigneusement évité jusqu’à présent. Du baroque à Berlioz, de La vestale à l’opérette, son parcours a su jouer d’une technique pointue pour maîtriser souverainement un ambitus allant du baryton au ténor et des styles d’une formidable variété. Timbre et projection disent ici clairement qu’en Wagner, il ne cherche ni la force ni l’effet, mais bien un art du chant hérité d’une souplesse vocale post bel-cantiste qui fut celle des premiers interprètes du compositeur saxon, avant que l’usage ne crée les chanteurs wagnériens. Le résultat, sans faille, somptueux de racé, d’élégance, et de séduction, est plus que convaincant. Reste à voir comment il appliquera cette leçon aux Siegmund et Walter annoncés à Bayreuth, et à Tristan plus tard.

Faut-il préciser que la réussite des grands récits – dont un Adieu au cygne fascinant – tient aussi à l’entente entre le chanteur et le chef, dont la sensibilité est en osmose avec cet art du chant raffiné. Loin des grands bruits, l’orchestre – à quelques cuivres malheureux près – est l’instrument fluide de la narration sous une baguette qui possède à la fois le sens du grand arc dramatique (la montée en tension irrésistible au final du II), du détail raffiné (la fin du duo Elsa Ortrud) qui sait aussi admirablement sertir le chant d’une aura adaptée.

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