À La Roque d’Anthéron, le piano pile et face

Par |Published On: 7 août 2024|

Au Festival de La Roque d’Anthéron, les soirées du 30 et du 31 juillet voient s’opposer deux jeux pianistiques : la sobriété et l’ardeur de Tanguy de Williencourt et la démarche spectaculaire de Alexander Malofeev.

Festival La Roque d'Anthéron ©Pierre MORALES

Crédit photo : Pierre Morales

Dans l’intimité du patio du musée Granet, à peine assis devant son Bechstein, le pianiste français se lance dans les déferlements de la Fantaisie de Schumann, déployant ce « cri d’amour » avec une urgence palpable. Dans cette œuvre insaisissable, dont l’inspiration débridée défie les paramètres de la forme sonate, Tanguy de Williencourt souligne l’effervescence du premier mouvement à travers une intensité marquée par des tempos allants et un toucher expressif et profond, lequel n’a parfois pas le temps de révéler toute sa richesse.

Si l’équilibre délicat entre respiration et élan demeure l’un des grands enjeux de l’œuvre, l’écriture décousue de Schumann est restituée avec une rare lisibilité. Le pianiste suit la partition avec sobriété et intégrité et termine par un somptueux finale aux timbres perlés, nous confiant le monde intérieur d’un Schumann poète. Mais c’est dans la redoutable Sonate en si mineur de Liszt que Tanguy de Williencourt se révèle un maître, tissant un récit dantesque sans jamais compromettre l’architecture musicale devant ce labyrinthe virtuose. La riche imagerie de cette œuvre, le tumulte comme la tendresse, se déploient sous les doigts du pianiste. Drame, poésie et lyrisme sont réunis avec intelligence dans une lecture inspirée et éloquente.

Alexander Malofeev, une approche très athlétique

Du haut de ses 22 ans et déjà habitué du parc du château de Florans, le jeune Alexander Malofeev s’attelle le lendemain au Concerto n° 1 de Tchaïkovski qu’il côtoie depuis de nombreuses années et qu’il maîtrise comme en témoignent les premiers accords célèbres de l’ouverture. Aux côtés de l’Orchestre philharmonique de Nice sous la baguette élégante de Lionel Bringuier, le pianiste russe propose une traversée fracassante, où l’approche très athlétique laisse s’installer certains automatismes dans un jeu déjà trop musclé et peu nuancé. On devine que ce jeune homme souriant et dynamique a une vision bien précise de l’œuvre bien avant qu’il ne monte sur scène, ce qui empêche d’entamer un véritable dialogue entre le piano et les solos de l’orchestre dans le deuxième mouvement et de transcender la pure technicité dans le finale. Il faut attendre les trois bis, de Haendel/Kempff, de Rachmaninov et de Scriabine, pour découvrir un autre jeu, riches de nuances, de climats raffinés et d’imagination. Le pianiste ose faire entendre une voix singulière qui sait aussi livrer un Prélude de Scriabine d’une telle finesse que même les cigales se sont tues.

Pour plus d’informations

Aix-en-Provence, musée Granet, le 30 juillet, La Roque d’Anthéron, parc du château de Plorans, le 31 juillet.

www.festival-piano.com