15 Requiem à (ré)écouter : la bande-son de l’éternité

Published On: 31 octobre 2025|
Temps de lecture : 6 minutes

Ils accompagnent les morts, mais parlent aux vivants. De la Renaissance mystique à la modernité tourmentée, le Requiem n’a cessé de se réinventer. De Victoria à Ligeti, en passant par Mozart, Verdi ou Britten, voici quinze œuvres essentielles pour découvrir comment, à travers les siècles, les compositeurs ont tenté de mettre la mort en musique.

Tomás Luis de Victoria (1548-1611)

Tomás Luis de Victoria : Officium Defunctorum (1603)

Composée à l’occasion des funérailles de l’impératrice Marie d’Autriche, fille de Charles Quint et sœur du roi Philippe II, cette messe a cappella impressionne par sa sévère beauté et bouleverse par sa ferveur expressive. Paul McCreesh opte pour un effectif exclusivement masculin conformément aux règles d’alors. Un mysticisme ardent digne des peintures du Greco.

Gabrieli Consort, Paul McCreesh (direction)

Archiv Produktion (1 CD). 1994.

Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704)

Heinrich Ignaz Franz Biber : Requiem en fa mineur (ca. 1692)

De cette œuvre lumineuse où se rencontrent la virtuosité chorale italienne et la bravoure instrumentale germanique, Vox Luminis et le Freiburger BarockConsort offrent une lecture intériorisée et raffinée. Ils réunissent dans un même geste et avec une même attention apportée au texte les interventions solistes et les ensembles vocaux.

​Vox Luminis, Freiburger BarockConsort, Lionel Meunier (direction)

Alpha Classics (1 CD). 2019.

Jean Gilles (1668-1705)

Jean Gilles : Requiem (1705)

Ce natif de Tarascon, actif aux cathédrales d’Aix-en-Provence, d’Agde et de Toulouse, laisse un requiem qui mêle solennité et séduction mélodique. Joué pour ses propres funérailles, il deviendra la messe des morts de nombreuses personnalités au XVIIIe siècle. Philippe Herreweghe et ses musiciens réussissent l’équilibre entre dévotion et éclat.

Agnès Mellon (soprano), Howard Crook, Hervé Lamy (ténors), Peter Kooy (basse), La Chapelle royale, Philippe Herreweghe (direction)

Harmonia Mundi (1 CD). 1990.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Wolfgang Amadeus Mozart : Requiem en ré mineur, K. 626 (1791)

Le plus célèbre et le plus enregistré des requiem, laissé inachevé à la mort de Mozart. Dans une option classique, Colin Davis parvient à installer le drame et à laisser l’émotion affleurer, à faire se rencontrer le tragique et la paix. Raphaël Pichon insère entre les mouvements du requiem des pièces sacrées de Mozart et constitue un grand office qui célèbre la vie sans en oublier l’objet spirituel. Beaucoup de contrastes, d’énergie et d’éloquence.

Angela Maria Blasi (soprano), Marjana Lipovšek (alto), Uwe Heilmann (ténor), Jan-Hendrik Rootering (basse), Chœurs et Orchestre symphoniques de la Radio Bavaroise, Colin Davis (direction)

RCA (1 CD). 1991.

Luigi Cherubini (1760-1842)

Luigi Cherubini : Requiem en do mineur (1816)

Commandé pour la commémoration de la mort de Louis XVI, ce requiem sans soliste, exclusivement pour chœur et orchestre, évolue dans un climat sombre (pas de flûtes) et grave. Interprétation puissante et recueillie.

Chœur et Ensemble de la Frauenkirche de Dresde, Matthias Grünert (direction)

Rondeau (1 CD). 2019.

Hector Berlioz (1803-1869)

Hector Berlioz : Grande Messe des morts (Requiem), Op. 5 (1837)

Monument qui convoqua des centaines d’interprètes à sa création, fait grand usage des cuivres et des percussions pour évoquer, notamment, l’effroi du Jugement dernier. John Nelson fait rougir les forces en présence sans sombrer dans la seule démonstration de puissance. Une infinité de nuances et de détails percent à travers cette impressionnante carapace de décibels.

Michael Spyres (ténor), Chœur philharmonique de Londres, Chœur et Orchestre Philharmonia, John Nelson (direction)

Erato (1 CD + 1 DVD). 2019.

Johannes Brahms (1833-1897)

Johannes Brahms : Ein deutsches Requiem, Op. 45 (1868)

Brahms préfère l’allemand au latin et choisit d’autres textes que ceux que la liturgie impose. Cette œuvre de sérénité et d’humanité connaît une juste expression entre la clarté des instruments d’époque, la maîtrise chorale et une riche palette de couleurs. Jamais marmoréenne ni plombée, cette version n’est que confiance et espoir.

Sabine Devieilhe (soprano), Stéphane Degout (baryton), Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon (direction)

Harmonia Mundi (1 CD). 2024.

Giuseppe Verdi (1813-1901)

Giuseppe Verdi : Messa da Requiem (1874)

Le maître de l’art lyrique ne pouvait écrire qu’un requiem théâtral, d’ailleurs aussitôt entendu à la Scala de Milan après sa création dans une église. Dans cet « opéra en habit ecclésiastique » soufflent sans retenue les trompettes de l’Apocalypse. Grand chef de scène, Antonio Pappano attise les flammes. « Dies iræ » brûlant comme une coulée de lave.

Anja Harteros (soprano), Sonia Ganassi (mezzo-soprano), Rolando Villazón (ténor), René Pape (basse), Chœurs et Orchestre de l’Académie nationale Sainte-Cécile, Antonio Pappano (direction)

Warner Classics (2 CD). 2009.

Antonín Dvořák (1841-1904)

Antonín Dvořák : Requiem, op. 89 (1890)

Malgré la présence d’un grand orchestre symphonique et quelques effets de masse impressionnants, ce requiem se révèle plus sombre et austère que théâtral. Karel Ancerl  l’a bien compris et évite toute grandiloquence.

Maria Stader (soprano), Sieglinde Wagner (alto), Ernst Haefliger (ténor), Kim Borg (basse), Chœur philharmonique de Prague, Orchestre philharmonique tchèque, Karel Ančerl (direction)

Supraphon (2 CD). 1959.

Gabriel Fauré (1845-1924)

Gabriel Fauré : Requiem, op. 48

Fauré percevait la mort comme « une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur de l’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux ».  Son requiem, privé de « Dies iræ », traduit cette confiante sérénité. « Pie Jesu » séraphique de Sandrine Piau. Chœur Accentus à la fois lumineux et consolateur.

Sandrine Piau (soprano), Stéphane Degout (baryton), Accentus, Membres de l’Orchestre National De France, Laurence Equilbey (direction)

Laurence Equilbey

Naïve (1 CD). 2008.

Maurice Duruflé (1902-1986)

Maurice Duruflé : Requiem, Op. 9 (1947)

« J’ai cherché à me pénétrer du style particulier des thèmes grégoriens » confiait Duruflé qui vise davantage le cœur que l’intellect en ces années d’après-guerre. Nullement révolutionnaire mais raffiné et contemplatif, son requiem évoque parfois Fauré. Il existe en trois versions. Stephen Layton choisit celle pour chœur et orgue qui, certes, prive de la puissance de l’orchestre, oublie le chemin du concert pour celui de l’église. Son ensemble vocal réunit une trentaine d’impeccables jeunes chanteuses et chanteurs.

Katherine Gregory (mezzo-soprano), Florian Störtz (baryton), Chœur du Trinity College de Cambridge, Stephen Layton (direction)

Hypérion (1 CD). 2022.

Benjamin Britten (1913-1976)

Benjamin Britten : War Requiem (1962)

Dénonciation cinglante de la guerre, ce War Requiem associe le texte liturgique latin et des poèmes du soldat britannique Wilfred Owen, mort durant la Première Guerre mondiale. Des ensembles distincts, les trois chanteurs solistes, le chœur, un orchestre de chambre et un grand orchestre véhiculent ce message de colère et de réconciliation entre les peuples. Une équipe proche de celle ayant assuré la création l’année précédente signe, toujours sous la direction de Britten, une version qui reste d’une pénétrante intensité et d’une puissance intemporelle.

Galina Vichnevskaïa (soprano), Peter Pears (ténor), Dietrich Fischer-Dieskau (baryton), Simon Preston (orgue), Melos Ensemble, Chœur Bach, Chœur et Orchestre symphoniques de Londres, Benjamin Britten (direction)

Decca (2 CD). 1963.

György Ligeti (1923-2006)

György Ligeti : Requiem (1963–1965)

Les cinéphiles ont pu le découvrir dans 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick où résonnaient ses accords dissonants et tendus. Ce requiem convoque un effectif impressionnant, riche en percussions et en cuivres, qu’il échelonne sur des échelles minuscules pour créer des sensations de nappes sonores. Terrible violence du « Dies iræ ». Jonathan Nott propose une version saisissante et éruptive.

Caroline Stein (soprano), Margriet van Reisen (mezzo-soprano), London Voices, Orchestre philharmonique de Berlin, Jonathan Nott (direction)

Teldec (1 CD). 2002.

Bernd Alois Zimmermann (1918-1970)

Bernd Alois Zimmermann : Requiem pour un jeune poète (1967-1969)

Cette partition foisonnante et déroutante associe deux narrateurs, une soprano et un baryton, trois chœurs, un jazz band, un orgue, un grand orchestre et des sons enregistrés pour dénoncer haut et fort les crimes de son siècle. Elle met en musique un texte qui comprend la messe liturgique latine pour les morts et des textes littéraires, philosophiques, religieux et politiques : Maïakovski, Joyce, Pound, Staline, Goebbels et les Beatles participent ainsi à cette brûlante déclaration, d’une portée universelle.

Claudia Barainsky (soprano), David Pittman-Jennings (baryton), Chœurs de Brno, l’Orchestre philharmonique slovaque et Europachorakademie, Quintette Eric Vloeimans, Holland Symfonia, Bernhard Kontarsky (direction)

Cybele Records (1 CD). 2005.

Alfred Schnittke (1934-1998)

Alfred Schnittke : Requiem (1975)

Dans un style synthétique et (d’apparence) hétéroclite qui lui est propre, Schnittke fait s’entrechoquer aussi bien des éléments liturgiques traditionnels russes orthodoxes que des traits plus modernes. Ce requiem prend part à une musique de scène conçue pour le Don Carlos de Schiller. C’était alors la seule façon de pouvoir entendre une pièce sacrée en URSS.

Chœur et Orchestre symphoniques d’État de Russie, Valeri Kuzmich Polyansky (direction)

Chandos (1 CD). 1996.

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